Départ de Paris le dimanche 1er août à 14h - direct pour Lahr par l'autoroute (550 km).

Après 200 km, première alerte de la voiture : après chaque arrêt (péage ou station service), le moteur se met à hoqueter. Une fois passé les 3000 tours/mn, tout refonctionne normalement. Ce problème s'est répété 4-5 fois… Le trajet se passe bien ; il fait chaud, Saki dort, la campagne est belle et sent bon. La voiture roule à 120 km/h facilement.

Nous voici arrivés chez les Teufel, il est 20h30. Reinhart est encore au bureau : petite coupe de crémant. Gaby n'a pas changé; Birgit est devenue une belle jeune femme, son copain fait des études de droit. Reinhart arrive, toujours le même et en pleine forme, il a maigri.

On mange beaucoup, buvons énormément et bien sûr discutons beaucoup. Reinhart nous offre une cigarette indonésienne. Dodo à 1h30, je suis épuisé. Ca fait tout drôle de dormir dans la même chambre qu'il y a 8 ans!

Lundi 2 août

Le lendemain, nous nous levons vers 10 h, petit déjeuner avec Wurst. Puis nous passons au garage: il faut changer le boîtier de distribution électrique. Nous allons tout d'abord chez Lada puis rendons visite à la mère de Madame Teufel. Promenade dans Gegenbach, un joli village de la Forêt Noire. Sur le chemin du retour nous nous arrêtons acheter des pneus et des accessoires automobiles.

Dîner très arrosé et grande discussion entre Lolotte et Gaby sur le sens de la politique, l'éducation et l'Europe…

Mardi 3 août: Journée chez les Teufel

Gros petit déjeuner…

Préparation de la voiture (changement des pneus avant, pose des contacteurs, pose du film fumé sur les vitres arrières, suppression de la banquette arrière…)

Dîner très arrosé, aux vins blancs de Lahr ; comme vous pouvez l'imaginer la conversation est très animée.

Mercredi 4 août

Départ vers 12h. Avant de quitter Lahr, nous allons visiter l'entreprise de Monsieur Teufel.

Au bout de 100 km, nous faisons le plein d'essence; La voiture recommence à avoir le même problème. On se déroute vers Hockenhein ; Le réparateur trafique et nous fait payer 80 DM : il a déréglé l'avance à l'allumage et le problème est toujours là ! On s'arrêtera à Bamberg au lieu de rejoindre la Tchéquie. La ville est très jolie et nous nous faisons un gros dîner dans la vieille ville.

Saki est contente : Il y a une baignoire, ce qui est nettement plus confortable qu'une douche !!!

A l'occasion de ces 4 jours en Allemagne et de nos longues discussions avec les Allemands, il apparaît : Que les Allemands de l'Ouest sont très critiques vis à vis de la réunification : ils trouvent injustes que ceux de l'Est aient les mêmes droits sociaux, alors que c'est l'Ouest qui paye. Ils reprochent aux Allemands de l'Est de vouloir autant d'argent que l'Ouest alors que leur économie est sinistrée. Il y a beaucoup d'Allemands de Russie qui sont revenus en Allemagne: A Lahr, ils habitent l'ancien quartier Canadien (environ 10 000 ! ! !)

Jeudi 5 août : de Bamberg à Marienbad

Ce matin, il pleut des cordes… Petit déjeuner puis nous prenons la route vers 11h. La voiture fonctionne bien mais avec la pluie, il y a plein de buée sur les vitres. Le seul moyen de l'enlever est d'ouvrir les fenêtres en grand. Ca caille !!! On ne roule pas trop vite à cause de la pluie.

Nous atteignons le Tchéquie vers 13h30. A la frontière, le passage de police ne pose aucun problème. Le douanier tchèque nous fait signe de passer sans autre formalité, avec l'œil narquois qui s'amuse de la Lada ; celle-ci cale à cet instant et il me faudra 2 mn pour redémarrer ! Nous nous perdons dans Cheb et atteignons finalement Marienbad. C'est une très jolie ville d'eau au milieu des bois. Il y a plein de beaux hôtels. Celui que nous cherchons, recommandé pour son charme par notre guide japonais de 1992 a été remplacé par un énorme building moderne. Après ¾ h. de marche sous la pluie, nous nous décidons pour un 3 étoiles qui domine la ville : la vue est superbe. La Lada dépareille un peu au milieu des Mercedes… Saki souhaite profiter de l'installation thermale mais il est trop tard, elle se contentera de la piscine de l'hôtel !

Nous allons dîner dans un restaurant recommandé par le Routard ; le vin rouge tchèque est bon. En sortant, nous allons prendre un verre dans un café Jazz ; les musiciens sont bons. Un touriste autrichien chante une chanson de Louis Amstrong. On rentre à l'hôtel.

Nous regardons les nouvelles à la TV où ils annoncent la fin des attentats du PKK : les Kurdes se calment juste avant notre arrivée!

Vendredi 6 août

Le Bed & Breakfast où nous souhaitons séjourner à Prague n'a pas de chambre de libre avant demain: Nous irons donc à Karlory Vary ce soir. Saki ne se sent pas très bien ce matin. Le beau temps est revenu. Le petit déjeuner de l'hôtel est copieux. Pendant que Saki range les affaires, je m'amuse avec le GPS!!!

Au moment de payer l'hôtel, ma carte visa est démagnétisée. Je dois donc aller au distributeur en Centre ville pour retirer de l'argent (jusqu'à présent, je paie principalement avec la visa). La voiture, elle, ne démarre pas malgré ¾ h. d'effort ; il nous faudra la pousser pour que le moteur démarre timidement et 5 mn supplémentaires pour qu'il reprenne voix. Je sens qu'on en n'a pas fini avec les problèmes!!! La petite route qui conduit à Karlory Vary est très belle, encaissée dans une vallée de résineux. Nous logerons dans un Bed & Breakfast à 5 mn du centre historique. C'est une ville d'eau très étendue à l'architecture riche et colorée. Nous passons de café en café sous une chaleur un peu pesante. Notre premier essai d'envoi de Email se soldera par un demi-échec; on verra ça à ! Prague.

Samedi 7 août

Ce matin, le temps est maussade. Au petit déjeuner, notre logeuse nous tient la conversation (en allemand). La voiture ne démarre pas malgré tous nos efforts; j'ai vidé la batterie! Malgré ses 73 ans, la vielle dame nous aidera à pousser et nous prodiguera force conseils sur les astuces que son mari utilisait avec sa Lada.

Finalement, avec l'aide de passants, le moteur revient à lui. J'ai tellement peur de caler lorsque le moteur est au ralenti (et de ne pouvoir le redémarrer) que je mets le starter dès que nous ralentissons. Le Bed & Breakfast où nous atterrissons à Prague (recommandation trouvée sur Internet) est vraiment bien : à 15 mn du centre en tramway/métro; C'est un appartement de deux chambres + cuisine entièrement refait à neuf. Nous nous baladons dans la ville toute l'après midi sous une chaleur de plomb, toujours de café en café. Entre autres, nous nous arrêtons dans un salon de thé qui propose toute une variété de thés du monde entier. Epuisés, nous rentrons au bercail vers 19 h et faisons une partie de backgammon.

Dimanche 8 août

C'est l'anniversaire de Tiwi. Nous nous levons assez tard (9h30). Saki fait de la lessive et je lis Le Monde d'hier et le livre offert par Thibault "Le Loup Mongol". Il fait très chaud et je ne me sens pas de déambuler dans la ville. J'entreprends de réparer la voiture : démontage complet du système d'allumage, nettoyage, réglage… Mais sans succès ! ! ! Nous partons en ville vers 17h : tournée des cafés (dont un salon de cafés). Re-essai d'envoi d'Emails ; je crois que ça a marché. Le soir, après le dîner, nous allons dans un caveau Jazz. Le batteur est excellent, le pianiste aveugle et bon, le saxo a un problème de clef ; Ils jouent un peu fort mais vraiment dans le rythme….

Lundi 9 août

La voiture comme prévu ne démarre plus du tout ; Nous prévoyons de partir de Prague demain, alors… Nous sommes garés en bas d'une pente assez forte, derrière la voiture des Hollandais, également locataires de Madame Slefova. Il faut donc leur demander d'enlever leur Fiat Punto toute neuve ! Madame Slefova m'a donné l'adresse d'un garage Lada pas très loin. Il pleut. Je demande à un voisin qui a un gros 4x4 de nous tirer pour nous sortir de la cuvette à l'aide du câble prêté par les Hollandais, ce qu'il fait… sans descendre de voiture mais de bon cœur tout de même. Puis nous poussons la voiture pendant près de 1 km à tour de rôle sans réussir à la faire démarrer,… sous la pluie ! ! ! Après 1h de tentatives et d'attente, j'appelle un dépanneur, grâce au portable d'un passant. Ce dernier a tout prétexter pour ne pas nous remorquer : pas de crochet (je l'ai trouvé), pas de corde (j'en avais une), il ne sait pas bien conduire. Il a tout de même dégoté le dépanneur. Ensuite, appel à l'assurance de la voiture pour faire marcher l'assistance. De nouveau, un passant qui me conduit chez son patron, qui ne sait pas comment passer un PCV ! La voiture chargée, nous arrivons chez le garagiste qui diagnostique la même chose que moi. Ils vont faire 1h30 de réglages divers à une équipe qui varie de 2 à 7 mécaniciens ! ! ! La réparation coûtera moins chère que le remorquage. Pendant ce temps, Saki s'est mise pieds nus dans le garage, fait sécher ses espadrilles tout en buvant un café et savoure une petite clope. Nous descendons en ville vers 17h : ballade, dîner et dodo.

Mardi 10 août : Saint Laurent

Prague, c'est fini!!!

La traversée de Prague pour rejoindre l'autoroute de Brno nous prend près d'une heure en raison de travaux et d'embouteillages. Nous quittons finalement la capitale vers 11h30. Il pleut tout le long du trajet: parfois des rafales de vent et des éclairs. Sur le point d'arriver à Brno, nous décidons de poursuivre la route et d'atteindre Banska Stiavnica. C'est le déluge : vers 5h, le ciel est si couvert qu'il fait presque nuit. La voiture fonctionne bien, même si son comportement sur route mouillée m'incite à une extrême prudence. Les pneus coréens y sont peut être pour quelque chose. Nous croisons de plus en plus de Lada Niva, signe rassurant, qu'en cas de problème, l'expertise ne sera pas loin. Il y a pas mal de Traban également, dont une qui supporte 3 vélos sur le toit : ça fait un peu bande dessinée. Le passage de la frontière slovaque nous prend 10 mn, malgré les facéties du douanier tchèque : il commence par me parler en tchèque, me demandant si je parle slovaque ou russe ; je bafouille en allemand et il me répond en français impeccable. Il nous taxera d'une cigarette gentiment demandée. Après les forêts de conifères de Tchéquie, cette région de la Slovaquie présente des paysages montagneux et de petites vallées. Nous arrivons à Banska Stiavnica un peu avant 20h, ayant parcouru 450 km dans la journée. C'est une jolie petite ville que nous visiterons demain. L'hôtel est très confortable et Ô comble de bonheur pour Saki : la salle de bain dispose d'une grande baignoire où elle aura tout le loisir de faire ses ablutions.

Mercredi 11 août

C'est le jour de l'éclipse, mais ici peu de gens semble s'en soucier… Nous décidons d'aller visiter une mine d'antimoine recommandée par le Routard avant de rejoindre Budapest. Ce fut 1 heure d'attente, une visite plutôt décevante, et nous étions donc 20 mètres sous terre au moment de l'éclipse ! ! ! De celle-ci, nous ne verrons que des reportages à la télévision le soir… Nous prenons de superbes petites routes de vallées pour rejoindre la frontière hongroise ; Saki dort. Là encore, le douanier s'esclaffe à propos de la Lada. Décidément, cela les fait rigoler… Pendant les 70 km qui nous amènent à Budapest, je sens le sommeil et la fatigue me gagner. Je dois même faire une pause. Nous franchissons la barre des 2 000 km depuis Paris juste avant d'arriver à Budapest. Faute de trouver un hébergement adéquat et de guerre lasse, nous atterrissons à l'hôtel Mercure. Je m'allonge épuisé pendant que Saki s'installe dans le lobby pour écrire. Vers 20h nous partons à la recherche d'un restaurant pour le repas de la journée. Une migraine me tient.

Jeudi 12 août

Il nous faut trouver un logement moins cher et/ou plus sympathique. Je pars à sa recherche pendant que Saki prend sa douche. Plus de 2 heures et 4 agences me seront nécessaires pour dégoter une pension dans le quartier chic mais éloigné du centre ville. Merci le Grand Prix ! ! ! Il est 15h lorsque nous commençons la visite de Budapest ; Un chocolat chez Gerbeau, comme il se doit. Le soir, pastis au restaurant de l'Institut Français puis spectacle de danses folkloriques.

Vendredi 13 août

Petit déjeuner sur la terrasse de la pension. Nous expliquons à notre hôte notre voyage… Lecture, rangement de papier… Nous décollons vers 13h ; le temps est couvert. Escale chez Angelika, café sympa repéré il y a 8 ans où nous mangeons un croque et des gâteaux, arrosés d'un verre de Tokay. Ballade dans Budapest, autour du château. Nous recherchons dans l'après midi un cybercafé que nous dénichons dans Pest : c'est une agence de voyage, centre touristique, restaurant, café… Excellente adresse, nous y prendrons le café puis y dînerons : repas EXCELLENT!!! Nous avons reçu 21 messages, suite à notre première missive émise de Prague, dont la confirmation des invitations pour la Mongolie et la Russie chez 3D. Beaucoup parlent de l'éclipse. Petit message collectif aux copains et familles. Cependant, nous réalisons qu'il est difficile de décrire le voyage par Email préparés dans les cybercafés. Il va nous falloir trouver une autre solution. Envoyer une copie de ces notes à quelqu'un qui les retranscrirait pour nous sur Internet ? Elisabeth ? à voir… Avant de rentrer à la pension, nous passons voir l'hôtel Gellert. De ce qu'on en a vu, ça a l'air plutôt décevant par rapport à ce que j'imaginais. Saki serait bien aller prendre des bains mais je n'ai pas eu le courage (il est 22h). De retour à la pension, nous prenons une petite bière sur la terrasse (malgré la fraîcheur) puis mise en ordre des renseignements et préparation du circuit pour la Roumanie.

Vendredi 14 août : Budapest - Pecs

Le trajet nous fait traverser la campagne hongroise sur une route en assez bon état. Il fait beau et un vent frais constituent les conditions météorologiques idéales pour rouler. En arrivant à Pecs, nous avons quelques difficultés à trouver l'hôtel pressenti : dédale de rues à sens unique, de déviations, de chaussées défoncées par les travaux de rénovation ; le 4x4 n'est pas de trop! La voiture recommence à avoir des signes de faiblesses au niveau de l'allumage, depuis notre dernier passage à la pompe. Je pense que tous ces problèmes sont liés à l'indice d'octane qui change sans cesse, l'essence avec ou sans plomb et le réglage de l'avance de l'allumage. Enquête à suivre… En tout cas, je devrais maintenant être capable d'effectuer moi-même les réglages voulus. L'hôte! l est complet mais 20 mn de recherche nous permettent de trouver un toit pour la nuit. Ballade dans la ville : pleins de restos, pleins de mariages, un endroit où il fait bon vivre… La ville fut d'ailleurs âprement disputée par les Roumains, les Turcs, les Mongols et les Habsbourg. Une ancienne mosquée, construite avec les pierres d'une église médiévale rasée par les Turcs est aujourd'hui une église où le style baroque a peine à dissimuler des inscriptions du Coran en arabe. La première cathédrale d'Europe et l'une des premières universités y virent le jour. La ville détruite puis reconstruite après la défaite des Turcs abrite de beaux bâtiments : une cathédrale aux 4 tours, un palace Art Nouveau... La ville est connue pour ses cigarettes (Sopiane est son nom romain), le champagne, le cristal… Devant la cathédrale, un jardin de promenade accueille quelques kiosques de dégustation de produits locaux : vins blancs, sucreries… Un groupe de violoneux anime une farandole folklorique à laquelle se joignent volontiers les promeneurs du samedi après midi. Vers 18h, nous rentrons à l'hôtel nous reposer avant le dîner. Celui-ci est excellent : gibier pour Laurent et tournedos strogonoff pour Saki, accompagnés d'un petit vin rouge de pays pas dégueu… Sur la place centrale, concert rock sympathique ponctué d'un feu d'artifice. Depuis Prague, j'observe que nous trouvons toujours d'excellents expresso (merci les exportateurs italiens), que la carte visa est acceptée presque partout et que les chèques restaurants sont très présents.

Samedi 15 août

J'ai repéré dans le Routard un petit village viticole , qui a l'air sympa, à 25 km. Ca n'est pas franchement notre route, mais cela ne représente que un millième de " rallongis ". Nous y dormirons ce soir, ce qui nous donne plus de temps pour visiter Pecs aujourd'hui : basilique, synagogue, mosquée… Villany est au cœur d'une route des vins renommée. Il est situé à 20 km de la Croatie, et produit surtout des vins rouges. Tout le long de la Grand Rue, nous trouverons des chais où l'on peut déguster les vins du propriétaire. Le village de 5.000 habitants voit passer des touristes hongrois et autrichiens qui viennent refaire leur cave. Parmi les jolies maisons, une magnifique bâtisse est à vendre. Voilà qui serait bien!!! Nous nous endormirons repus des nombreux verres goûtés toute l'après midi.

Dimanche 16 août

Nous quittons Villany pour rejoindre Szeged, dernière ville que nous visiterons avant de passer en Roumanie. C'est une petite ville sympa dans laquelle nous essayons de préparer le périple roumain. Difficile de choisir et de se faire une idée à partir des guides !

Lundi 17 août

En quittant Szeged, nous ne savons toujours pas quel point frontière nous allons choisir, ni dans quelle ville nous passerons la nuit. C'est à chaque croisement de route que nous décidons en fonction de l'humeur du moment. Le passage de frontière se fait finalement à Nadlac. Il nous prend 40 mn. Les douaniers sont tout contents de voir une japonaise et se passent le passeport de Saki… Finalement, nous allons à Timisoara par une route récemment refaite avec un financement de la Communauté Européenne. La conduite des roumains est nettement plus sportive que celle des hongrois. Timisoara nous plaira moyennement. L'hôtel est dans le plus pur style socialiste : terne et sombre. Au déjeuner, la note du repas sera notre première arnaque : nous avons payé certainement le double du prix normal.

Mardi 18 août

Nous partons vers 11h pour une étape de 200 km qui nous amène au château de Hunedoara. Belle bâtisse du XIXème siècle, non mise en valeur et encerclée par un énorme complexe industriel rongé par le temps, fumant force crachins de couleurs aussi variées qu'inquiétantes. Dans l'après midi, nous reprenons la route pour 200 km de plus, sur des petites routes de montagne plutôt déglinguées. Les paysages sont superbes. Les Niva sont rares en Roumanie, remplacés par des ARO de fabrication locale. Nous voyons plusieurs voitures immatriculées en France, Italie et Pays Bas. Une Lada que nous croisons exprime son allégresse de voir une copine par quelques coups de klaxons. Il y a aussi beaucoup de carrioles à cheval, toutes immatriculées. Vers 20h, après avoir franchi la barre des 3000 km depuis Paris, nous arrivons ! dans un petit village de Transylvanie, dans lequel une association belge a développé le tourisme chez l'habitant. Notre famille d'accueil est très sympathique. Il y a également deux anglais avec qui nous discuterons longuement. L'un travaille à Bucarest dans l'immobilier, l'autre est … consultant en stratégie à Londres. Ils semblent tous deux avoir beaucoup voyagé. La Niva fait pâle figure à côté de leur beau Land Rover Discovery… La fille de la famille parle français, elle est étudiante en droit à Cluj Napoca. Le père est ingénieur des Eaux et Forêts. Le village est situé dans une vallée très calme de sapins superbes. Seuls les bruits de la campagne nous distraient de notre flemme sous le soleil couchant.

Jeudi 19 août

Lever très tard, juste pour assister au départ de nos anglais. Nous quittons nos hôtes vers 12h30 pour rejoindre une grotte de glace ; A l'intérieur un petit glacier se terre, colonnes blanches à peine éclairées par un filet de lumière du jour dans une cave noir d'encre. Pour y accéder, 18 km d'une piste défoncée qui nous amène à 1 700 m, puis 200 marches d'un méchant escalier de fer pour descendre dans le gouffre. Le 4x4 nous est très utile… A l'intérieur de la grotte, il fait -1°C ; le froid, la pénombre, le sol glissant de la glace en font une petite aventure en soi que nous vivons avec une famille roumaine qui parle français (dans le noir c'est plus pratique pour dire " Attention ça glisse " ou " cette marche n'est pas stable " !). En sortant de la grotte, une fille roumaine vient nous parler en français ; ! elle est étudiante en philologie et passe ses vacances en compagnie de ses parents pour un tour du pays. Elle nous fait 2-3 recommandations de sites à ne pas manquer. Vers 17h, nous avons parcouru les fameux 18 km en sens inverse et reprenons la route pour la prochaine étape : Cluj Napoca. En fait, nous nous arrêterons pour passer la nuit à 40 km de Cluj : je suis épuisé. La voiture s'est bien comportée sur la piste défoncée. De plus, je m'aperçois que depuis Prague, nous consommons étonnement peu. A peine 9,5 litres au 100 km contre 13 litres en France et en Allemagne (la vitesse y est peut être pour quelque chose ! : entre 60 et 90 km/h )

Vendredi 20 août

Dans la matinée, nous rejoignons Cluj Napoca qui se révèle être une ville très sympa où se mélangent orthodoxes, catholiques, (de rites orthodoxes), arméniens, hongrois et roumains, parfois avec quelques difficultés. De nombreuses belles églises parsèment une ville parcourue par des boulevards et avenues que les arbres et les magasins égayent pour le plaisir des nombreux passants. Ca vaudrait presque le coup qu'on s'y attarde… La petite ville suivante, Gherla, sera notre lieu de déjeuner dans un petit restaurant sans prétention. Le repas choisi dans les casseroles nous change des côtelettes de porc qui constituent notre quotidien (c'est le seul mot que nous comprenons). La ville, jumelée avec 5 autres consœurs européennes est également mignonne, bordée d'un grand parc, style Bois de Boulogne. Une petite excursion au monastère qui domine la ville : havre de paix, église orthodoxe aux voûtes peintes, orage et grosse averse. Nous avons droit à notre premier contrôle de police qui durera 1mn30 : tout est en ordre ! Nous traversons ensuite d'autres villages tous aussi charmants. Saki me demande si les fruits rouges qui sont sur les arbres au bord de la route sont des tomates ; je lui réponds que ce sont des tartines de pain grillé. En réalité, la région cultive les pommiers. Les chalets de bois ont la particularité d'être presque tous dotés d'une ou deux tourelle(s) aux angles de la maison. Beaucoup de constructions sont récentes, plutôt bien faites. Les derniers 80 km de la journée nous font traverser les Carpates (4 pattes d'après l'orthographe de Saki) par des petites routes sinueuses au milieu des sapins. D'en haut, la vue est superbe sur la région de Dracula. Nous passerons la nuit à Vetra Dornei, bien connue pour son eau sulfureuse, station thermale qui renaît peu à peu de ses cendres, non sans charme d'ailleurs… Nuit chez l'habitant.

Samedi 21 août: Les monastères de Bucovine de Sud

Nous en visiterons cinq (Moldovita, Sucevita, Putna, Voronet et Humor) tous plus beaux les uns que les autres. Ils constituaient un rempart de la chrétienté contre les invasions ottomanes. Chaque monastère est doté d'une petite église en trois parties (pré-naos, salle des tombeaux, naos où l'on trouve l'iconostase) au milieu d'une cour dont les quatre côtés sont délimités par des bâtiments ou des murs fortifiés. L'ensemble date du XIème siècle. Au XVème siècle, les murs des églises ont été décorés des fameuses peintures aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les toits de bois ont une étrange similitude avec ceux de certains temples japonais. Chaque monastère abrite une communauté orthodoxe. Quelques touristes, principalement roumains et dans une m! oindre mesure français.

Nous déjeunerons chez une dame auprès de qui nous nous enquérions d'un restaurant : très bon et chaleureux. Nous goûtons un alcool de cerise qui plairait à beaucoup… Le temps est maussade, ce qui nous change des chaleurs des derniers jours. Saki a froid, ce qui la rend grognon. La route est par endroit dans un état de délabrement avancé ; un chemin de terre serait plus pratique et moins éprouvant pour la voiture. Dodo chez l'habitant.

Dimanche 22 août

Lever très très tard. Aujourd'hui, trois autres monastères sont au programme : Neamt, Agapia et Varatec. Situés en Moldavie à une petite centaine de kilomètres plus au Sud qu'hier, ils sont également beaucoup plus important par la taille de leurs communautés. Nous arrivons pendant la messe qui dure de 8h à 13h ! ! ! Chaque monastère a son petit musée qui présente de réels trésors de l'art religieux roumain. Les huit monastères que nous avons visités ne constituent qu'une petite partie (la plus réputée) des monastères de ces régions. Il y a en tous les 5 km, sans compter les églises anciennes et celles en construction. De nombreux mariages animent les routes, les villages et les restaurants. En fin d'après midi, nous nous engageons dans les gorges de Bicaz, sur une route étroite et sinueuse! que surplombe deux falaises de près de 300 mètres : superbe. Nous passerons la nuit dans un petit village, chez l'habitant, comme d'hab. Ceux-ci parlent hongrois et pas un mot de roumain. Très sympa. En fait, le village est composé à 90% de hongrois.

Lundi 23 août

Dans la matinée, nous rejoignons Sighisoara par une route en très mauvais état : 3h pour faire 75 km… Sighisoara est une très jolie ville médiévale saxonne où nous passerons le déjeuner et le début d'après midi. Les toits des maisons ont la particularité de comprendre des lucarnes en forme d'œil tibétain : étonnant. Nous filons ensuite vers Sibiu, par le chemin des écoliers, visitant force églises fortifiées saxonnes. Les Allemands ont été invités par les rois hongrois à s'implanter pour faire face aux envahisseurs ottomans. Ces dernières années, beaucoup sont partis tenter leur chance dans la mère patrie, laissant là des villages qui se meurent. Sibiu, quant à elle est une très belle ville animée, toujours d'origine saxonne. Les rues, les maisons et les places ! en traduisent l'influence. Les habitants parlent souvent allemand. Dans la journée, nous avons franchi les 4 000 km depuis Paris, la voiture recommence à hoqueter : décidément ça devient une manie, on verra ça demain. Dîner local arrosé de Riesling roumain : excellent. Dodo dans une petite pension sans prétention.

Mardi 24 août

Nous sommes réveillés par un tambourinage du patron de la pension afin de déplacer la voiture qui gêne une livraison de bière du café voisin. Nous commençons la visite de la ville par une séance Email : 21 messages dont un déchaînement épistolaire de la famille Maille en vadrouille. On parle beaucoup du tremblement de terre en Turquie. Il nous faudra 2h pour tout lire et envoyer de nos nouvelles. Après le déjeuner (une pizza infecte), ballade dans la ville puis départ. Nous nous arrêtons au premier garage venu pour faire régler le moteur : un garage Renault tenu par un toulousain ! Diagnostic : l'attache d'un organe de l'arrivée d'essence est cassée, provoquant son renversement et l'arrivée d'impuretés dans le carburateur. De plus le réglage de l'avance à l'allumage ne correspond pas à l'indice d'octane de l'essence roumaine… Après 2h nous repartons et nous nous arrêtons dans une pension à l'entrée des montagnes Fagaras. Nous pensions faire 250 km aujourd'hui… On les fera demain. Il fait frisquet ce soir !!! Dîner arrosé de Pinot Noir un peu doux. Puis nous regardons un film à la télé roumaine : La Colline Verte de C. Serrault.

Mercredi 25 août

Il ne fait vraiment pas chaud ce matin. Après le petit déjeuner, petit réglage du moteur, qui se révélera insuffisant même si l'on sent une nette amélioration. Nous franchirons les montagnes Fagaras par une route superbe, mais sous la pluie. Traversée d'un tunnel de 800 m construit par l'armée à titre d'exercice… Toute la journée, nous oscillerons entre 600 et 2.100 m sur une route sinueuse à souhait, et rendue glissante par les déluges répétés. On croisera d'ailleurs une voiture dans le fossé, les quatre fers en l'air. En fin d'après midi, arrivée à Bran, célèbre pour son château. Un petit bijou, dédale de pièces cossues (et meublées). Dîner plutôt bon, notamment un potage à la viande de bœuf, arrosé d'un cabernet sauvignon local de 1993. Dodo ! chez l'habitant : propre et sympa.

Jeudi 26 août

Après le petit déjeuner, réglage complémentaire de la voiture. Depuis le déréglage chez Renault, on consomme beaucoup plus ! On paye nos hôtes (c'est vraiment cher) et on part visiter Rasnov, citadelle en ruine à quelques kilomètres de là. Visite sous la pluie, puis nous rejoignons Brasov : ville très sympa dont une partie était interdite aux roumains : seuls les saxons y avaient droit d'accès. Dans l'après midi, nous arrivons à Sinaia, station de ski dominée par deux châteaux royaux. Atmosphère agréable. Nous visitons un supermarché : ambiance soviétique mais avec les produits. Saki fait un petit cinéma pour qu'on achète un parapluie pliant. Face à son insistance je dois céder : cela sera son cadeau d'anniversaire de l'année dernière… A propos de cinéma, nous allons voir " Un amour de sorcière " avec Jean Reno et Vanessa Paradis : nul mais pour 5 francs la place… Nous étions 4 dans la salle ! Saki a trouvé un sous titre au voyage " Mieux que rien " ; on croit rêver ! Au journal télévisé, nous apprenons que la vallée de Ferghana (en Ouzbékistan) fait l'objet de troubles islamistes ; Il faudra vraisemblablement corriger notre trajectoire…

Vendredi 27 août

Dans la matinée, nous visitons les deux châteaux royaux, résidences d'été des monarques romains. Mélange de styles : Art Nouveau, roumain, orthodoxe, ottoman. C'est un délire de bon goût instigué notamment par Carl I, né Hohenzolern (de Zigmaringen) et de la Reine Marie, petite fille de la Reine Victoria. Cette dernière est très populaire dans le pays. On la surnomme la Reine Artiste. En fin d'après midi, arrivée à Bucarest, dans laquelle nous nous perdons copieusement. Nous logeons chez Ioana et sa mère, amie rencontrée à Paris quelques jours avant notre départ, dans une très belle maison (en rénovation) en plein centre de la ville. L'accueil est très chaleureux et les divers repas seront l'occasion de se faire expliquer les coutumes roumaines. La famille a beaucoup voyagé : la Grand-mère nous prodigue multe conseils pour la Bulgarie et l'Iran.

Samedi 28 et dimanche 29 août

Visite de Bucarest qui se révèle sous un jour beaucoup plus favorable que ce que l'on dit. Malgré le massacre de quartiers entiers par Ceaucescu pour imposer sa mégalomanie (Maison du Peuple et Boulevard de l'Union), de nombreux trésors se cachent deci delà. Bien sûr, le charme quasi parisien de la ville est rompu à tout jamais. Nous visiterons plusieurs musées et églises orthodoxes. Dans l'une d'elles, un pope nous tient la discussion en français. Il a vécu 3 ans à Paris et connaît particulièrement le 96 boulevard Auguste Blanqui (ex adresse de 3D Harmony) où se trouve une célèbre église orthodoxe parisienne. Le soir, nous sommes conviés à un dîner avec des amis de la famille.

Lundi 30 août

Nous quittons Bucarest et disons un dernier au revoir à nos hôtes si accueillants. Le passage de la frontière bulgare nous prendra près d'une heure, alors que les pelés et les tondus jouaient à cache-cache… Nous paierons une taxe d'écologie en Roumanie (30 Frs), une taxe de d'usage des routes bulgares (25 $) et une taxe de désinfection de la voiture (2 $) qui couvre les frais de l'eau boueuse contenue dans un bac et dans lequel tous les véhicules doivent tremper leurs roues ! ! ! Que ne faut-il pas inventer pour extorquer quelques dollars…

A Ruse, il nous faudra 2 heures pour trouver l'agence qui permet un hébergement chez l'habitant, et une heure de plus pour trouver l'immeuble de la famille. Les formalités semblent un peu compliquées et nous ne sommes pas très habitués à l'alphabet cyrillique. La voiture devra passer la nuit dans un parking gardé car notre hôte nous met en garde contre le " banditisme ". Elle parle un peu allemand.

Dans la rue, de trop nombreuses " belles voitures " ; Qu'est-ce que çà cache ? La ville est plutôt sympa, ambiance décontractée, nombreuses terrasses où l'on flâne au soleil. Je me fais puissamment arnaquer en changeant mes Lei roumains en Levas bulgares : près de 150 Frs (sur les 200 Frs que représentait le montant en Lei) iront alimenter les looses du voyage.

Dîner frugale et repos à la maison : nous sommes fatigués.

Mardi 31 août

Avant de quitter Ruse, nous allons visiter un monastère troglodytique à 18 km de là, perdu dans une vallée. La route qui y mène semble abandonnée, bien qu'en bon état, et la végétation gagne sensiblement la moitié de la chaussée. Aucune indication ni pour y arriver, ni sur le site même. Celui-ci est fermé mais nous parvenons à entrevoir par les grilles, les restes des peintures de ce qui constituait l'église, creusée à flanc de montagne. Au sommet du rocher, superbe vue sure les vallées touffues qui marquent de leur sillon une campagne assez aride.

De retour à la voiture, nous rencontrons un américain de Nouvelle-Angleterre (65 ans) qui, accompagné d'un chauffeur bulgare sympathique et jovial, passe une quinzaine de jours dans le pays. Il nous donnera de nombreux conseils et anecdotes sur les monastères à visiter.

Nous prendrons finalement la route pour Shumen. Etape déjeuner (vers 15h30) à Razgrad où nous cherchons désespérément la plus grande mosquée de Bulgarie. Nous ne trouverons qu'un bâtiment abandonné au milieu d'un parking. A Shumen il me faudra plus d'une heure pour ne pas trouver l'agence qui nous permettrait de passer la nuit chez l'habitant. De guerre lasse, nous aboutissons dans un hôtel à 80 $…

La ville a l'air sympa, traversée en son centre par une sorte de rambla où rivalisent terrasses de café et kiosques de fleurs. De première impression, la Bulgarie ne semble pas le pays pauvre souvent évoqué. Les routes sont toutes neuves (attention peinture fraîche), les centres villes agréables, les gens détendues, les femmes sont " à la mode "… Quelques indices laissent cependant percevoir les égratignures de cette belle harmonie : de nombreuses voitures trop belles, des rambos qui déambulent entourés de sbires, des rolex trop voyantes, des immeubles socialistes en pauvre état… Rien à voir cependant avec la Roumanie où toute ville était encrassée par une industrie rouillée et fumante. Héritage du socialisme triomphant (la Bulgarie était le meilleur élève des économies du bloc de l'Est), de gigantesques exploitations agricoles et fruitières habillent les paysages vallonnés que nous traversons jusqu'à présent. L'agriculture du " jardin potager de l'Europe " reste prospère.

Mercredi 1er septembre

Nous passerons la journée à chercher des sites ou des bâtiments que nous trouverons fermés, abandonnés ou pas du tout. Journée sympa malgré tout, où nous ne croiserons pratiquement personne. Visite d'une mosquée à Shumen, d'un musée à Preslav (qui fut l'une des plus grande villes des Balkans au Xème siècle, rasée par les Turcs). Nous rejoindrons Zheravna par une route de montagne dont la première moitié est toute neuve et sur laquelle nous croiserons un bolide qui s'essaie à la course de rallye: drôle d'impression lorsque l'on voit débouler, au détour d'un virage, une Lada trafiquée qui chasse dangereusement, moteur à fond. La 2ème partie de la route est en très mauvais état : on aurait pu s'en douter : le col est théoriquement fermé.

Pour la nuit, nous atterrissons dans un centre de vacances composé de chalets de bois au milieu des arbres. Quelques bulgares y passent leurs congés d'été. Seul agacement, nous payons plus du double du prix bulgare, honneur réservé aux étrangers détenteurs de devises. Dans la journée nous avons franchi les 5000 km depuis Paris.

Jeudi 2 septembre

Le village se révèle être un bijou serti de chalets et de ruelles empierrées. La visite d'une maison nous donne un aperçu des intérieurs traditionnels de la région, matés d'influence turque. Encore un endroit où nous serions bien restés quelques jours. La décoration intérieure est à retenir : salon arabisant dans une pièce de boiseries paysannes.

Nous parcourons les 140 km de la journée sous la pluie et achevons notre course dans un village à quelques kilomètres au Nord de Veliko Tarnovo. Bel endroit où de bons hôtels (chers) rivalisent avec d'excellents restaurants. Tout est prêt pour un tourisme sélect. Mais pour qui? Mystère; Il y a trop de beaux hôtels dans ce pays pour une soi-disant riche mafia ; les touristes étrangers, on n'en rencontre pas… Alors pour qui ?

Le village d'Arbanassi est une mine d'églises splendides. L'église de la Nativité, constituée de deux nefs, est d'apparence extérieure très quelconque (on dirait une grange). Par contraste, son intérieur est une vrai splendeur. Une fresque du XVIIème recouvre celle du XVIème, sur toute la surface des murs et des plafonds. Là, sont représentés des scènes de la bible, des saints et des archanges, des philosophes grecques, une roue de la vie et les signes du zodiaque.

Nous dînerons dans un restaurant très chic et très bon. Merlot de 1991 excellent. Nuit dans une chambre d'hôtes.

Vendredi 3 septembre

Avant de décoller, une rapide vérification des niveaux de la voiture me laisse penser qu'il faudra rapidement envisager une révision chez Lada. Normal après 5000 km…

Visite du village dont une maison et deux monastères. Dans l'un de ces derniers, une vieille soeur m'explique en Bulgare l'histoire de la construction, de la destruction par les ottomans et la reconstruction par les russes libérateurs au XIXème. Elle voit bien que je ne comprends pas grand chose, mais cela ne l'empêche de poursuivre son flot rapide de paroles.

Nous rencontrons des allemands de Berlin qui nous indiquent une adresse pour loger à Veliko Tarnovo; Nous les retrouverons le soir. Dans l'après-midi, nous partons voir un monastère à quelques kilomètres de la ville. La route est barrée mais nous poursuivons. Au détours d'un virage, voiture de police. Celui-ci nous fait signe de nous arrêter: " Passeports ! " dit-il l'air sévère. Finalement, voyant que nous sommes français et que nous allons au monastère, il se radoucit. Sur place, nous dérangeons un vieux prêtre qui nous ouvrira la porte de l'église… Le reste de la journée dans Veliko Târnovo se révélera peu enthousiasmant.

Samedi 4 septembre

Visite de plus approfondie de la ville. Beaucoup d'églises sont fermées. Les passants viennent spontanément nous expliquer l'histoire de la cité et de tel ou tel monument. En réalité, il ne reste presque rien de la Bulgarie ancienne, résultat des destructions et de l'occupation de l'empire ottoman. La libération de la Bulgarie avec l'aide précieuse des russes au XIXème a permis de reconstruire les églises et monastères. Ils sont infiniment moins beau qu'en Roumanie, même si quelques icônes splendides (dont un nombre significatif laissées par les russes) viennent renforcer l'atmosphère religieuse.

Dans une rue d'artisans bordée de colonnades, j'achèterai une baïonnette tchèque des années 40 et une montre gousset qui ne fonctionne plus. La négociation fera ramener le prix de 55 leva à 35. C'est encore trop si j'en crois la mine enjouée de l'antiquaire.

Nous quittons la ville sous la pluie, avec quelques difficultés liées aux nombreuses déviations et à une signalisation un peu aléatoire.

Au monastère de Kilifarevo, une vieille soeur nous explique chaque icône dans un anglais très clair. S'en suivra une discussion philosophique et religieuse sur la nécessité/utilité de représenter Dieu. Déjeuner sur le coup de 15h: très bon et servi par le patron qui parle français. La nourriture est décidément excellente en Bulgarie, influencée parfois de préparations d'inspiration turque.

Toujours sous la pluie, nous partageons dans les rues de Bozhentsi, magnifique village au fond d'une vallée. Ruelles de pierres, maisons entourées de jardins aux pelouses et arbres fruitiers. La base des bâtisses est faite de pierre, l'armature est en bois, les murs de l'unique étage peint à la chaux, toit d'ardoise en larges plaques.

Dryanovo (monastère) est touristique et finalement peu passionnant. De Gabrovo, nous n'irons voir que le Monastère de Sokolski, perdu dans les collines. Belle bâtisse en carré autour d'un parterre de fleurs; en son centre, une fontaine. Les monastères de soeurs sont toujours plus soignés que ceux de leurs homologues masculin. L'église est fermée pour rénovation. Dommage car l'extérieur laissait présager un bel intérieur. Les soeurs nous feront quand même visiter leur chapelle provisoire : bel iconostase.

Il est près de 19 heures, mais nous prenons néanmoins la route du col de Shipka. Mes calculs d'hier soir font apparaître que nous avons trop de retard, trop de lieux à visiter et quelques contraintes liées aux visas. La visite de la Turquie en fera vraisemblablement les frais, malgré les 2300 Km que nous devrons parcourir dans ce pays.

La route du col est sinueuse, excellente (le revêtement), sous la pluie et dans le brouillard. Pas génial pour voir le paysage, alors que la nuit tombe. Nous passerons la nuit en haut du col, en espérant que le temps se lèvera dans la nuit et découvrira la vue sur la région.

Dimanche 5 septembre

Ça y est ! ! ! Elle nous refait son cirque, la Lada. Madame n'apprécie pas le brouillard, la pluie, le froid, le vent glacial et l'altitude, et ne veut donc pas démarrer. 10mn à pousser, ½ heure au démarreur (vidant la batterie)… Et comble de joie, c'est dimanche!!! Un touriste bulgare, venu voir le col avec sa famille et amis regarde le moteur, essuie les fils électriques, change les bougies… On pousse, embrayage… et la voix se fait entendre. Pas pour longtemps: 50m plus loin rebelotte. Le touriste nous abandonne en s'excusant, le blouson maculé de la saleté du moteur. Je suis littéralement frigorifié. La voiture est au milieu d'un passage étroit, en plein brouillard…

Je songe vraiment à appeler l'assurance. Un dernier essai sera le bon, enfin presque. Le moteur tourne à peu près mais je suis au maximum à 40km/h en 2ème, 60km/h en 3ème et 80km/h en 4ème, … en descente. Plus aucune puissance, et la consommation avoisine les 20 litres!!! Je dois me mettre en vitesses lentes pour la moindre montée. Je crois que demain sera jour de révision, si nous ne sommes pas coincés d'ici là.

Vingt kilomètres plus loin, nous visitons une église russe commémorant la guerre d'indépendance contre les turcs; Nous y retrouverons nos touristes - apprentis mécaniciens, tout contents de nous voir sains et saufs. Je profites du climat plus clément pour tenter quelques réglages, mais rien n'y fait: Le moteur tourne visiblement sur 2 ou 3 cylindres.

La route pour Karlovo se fera à petite allure, nous laissant le temps d'admirer un paysage avenant. La ville est sympa. La route pour Hisar est également très jolie, bordée d'arbres fruitiers. Cette ancienne ville romaine connue pour ses bains est en fait assez déprimante et faute de trouver un lieu pour dormir, nous revenons à Karlovo. Le moteur produit des borborygmes de plus en plus inquiétants, cale au moindre ralentissement, pétarade dans les montées: un vrai poème. Soudain explosion, accompagnée d'une fumée dense qui monte du capot. Je sors en catastrophe de la voiture, saisis l'extincteur acheté en Allemagne, me demandant ce qu'il faut faire et surtout comment marche ce […] d'extincteur. La voiture derrière nous s'arrête et le conducteur me fait comprendre d'ouvrir le capot. C'est le bouchon du moteur qui a sauté répandant l'huile brûlante sur la mousse anti-feu imbibée de l'eau de pluie de la nuit (d'où la fumée). Il en profite pour regarder le moteur et découvre que notre garagiste improvisé du matin a inversé les branchements de deux bougies !!!

Nous irons prendre un cognac avec lui, sa femme et une de ses amies pour le remercier. Ils sont d'origine turque; Lui est au chômage, elle vend des glaces, son frère habite Londres. Le visa anglais pour un bulgare coûte 2000$ !!! Ils aimeraient bien partir travailler à l'étranger. Nous discuterons plus de 2 heures: vraiment très sympa, malgré la difficulté de la langue. Mes rudiments de russe semble compréhensible pour un bulgare, si tant est qu'il ait beaucoup d'imagination.

Toute cette histoire nous a retardé un peu plus sur le planning. Et il faut faire rapidement une révision complète de la voiture.

Lundi 6 septembre

Petit déjeuner au soleil. Saki râle parce qu'elle a trop chaud (après 3 jours de pluie !!!). Je rajoute de l'huile dans le moteur, mais un peu trop (1 litre). A la même occasion j'en mets partout, tapissant tout le moteur et l'asphalte d'une couche épaisse.

Pour atteindre le monastère de Troyan (très beau) nous passerons un col à 1500 m: 60 km de montagne superbe où la voiture se comporte bien. Croque-monsieur dans la ville puis chemin en sens inverse afin de rejoindre Koprivichitsa village superbe d'où éclata la révolte contre les ottomans. Six maisons-musées présentent l'habitat de l'époque: rues de pierre, portails et maisons de bois, intérieurs cossus, mélange de style turque (table basse, coussins, tapis) et européen (murs peints, lambris, fresques campagnardes, plafonds de bois naturel aux reliefs variés). Tellement mignon que nous y restons pour la nuit (chez l'habitant). A l'occasion, nous rencontrons une famille d'américains (Los Angeles) qui visitent en voiture de Munich à Istanbul et retour. Ils étaient en Ouzbékistan l'an dernier…

Mardi 7 septembre

La route qui nous mènent à Sofia est infiniment endormante malgré un paysage agréable. Nous trouvons assez vite le centre ville et je pars à la recherche de l'agence de tourisme qui pourra nous fournir un toit chez l'habitant. Saki garde la voiture. Comme il est difficile de circuler en voiture, nous prenons nos bagages et allons chez notre logeuse de 73 ans, belle dame élégante, découvrir un grand appartement. Le salon sera notre chambre: spacieux et agréable. La salle de bain/toilette à la mode bulgare provoque une petite grimace de la part de Saki cependant. Nous regagnons la voiture pour la mettre dans un parking gardé: ce sera plus sûre pour la nuit.

C'est à ce moment que nous découvrons que la moitié du coffre a été vidé: pas la moindre trace d'effraction mais beaucoup de choses ont disparu. Heureusement, nous venions de débarquer les plus importantes! Après avoir remis un peu d'ordre dans le coffre, nous prenons un café dans le bistrot voisin (ils n'ont rien vu) et tentons de faire l'inventaire des feu objets : - un sac de vêtements chacun (dont tout le linge sale) - le carton contenant tous les vêtements " grand froid " - notre tenue " élégante " (costumes, chemise, cravate, robe, foulard acheté en Inde) - un carton de nourriture - le backgammon

Rien de vraiment irremplaçable mais nous aurons la bouche un peu amère le reste de la journée. Le parking où nous mettons finalement la voiture coûte 50Fr par jour, ce qui est exorbitant pour le pays… C'est également un lieu de vente entre " particuliers "; nous y verrons une Lada Niva toute neuve, immatriculée en Russie : 5000$ soit à peine plus cher que notre vieille capricieuse (réparations incluses).

La ville est agréable, vivante, moderne par son esprit et ses magasins. Finalement pas grand chose à voir avec une capitale de pays socialiste. Ballades dans les rues le reste de la journée, séance Internet, la routine presque.

Nous apprenons que les autorités mongoles nous ont donné l'autorisation de rentrer dans le pays en voiture. En réalité, je n'étais pas très sûr de mon coup…

Le soir, nous faisons le décompte des chaussettes, caleçons et petites culottes qui nous restent. Nous devrons regarnir les placards, au moins partiellement.

Mercredi 8 septembre

La journée sera tranquille. Visite de deux musées assez miséreux mais où nous trouverons néanmoins une superbe collection d'estampes japonaises, des objets birmans et du Radjastan… Ballade dans la ville, de cafés en cafés, dont celui de l'Institut Français, achat de 2 paires de chaussettes doublant ainsi notre garde-robe amputée, achat et lecture de l'Express, d'un livre d'humour bulgare en Français. Saki fait mine de traduire "Le Petit Prince" du Bulgare en Français et "Jonathan Livingstone" du Bulgare en Japonais (elle les connaît par coeur).

Jeudi 9 septembre

Départ pour Zemen. Le monastère est relativement modeste. En son centre, l'église en brique du XIème siècle (vraiment petite) dont l'intérieur est décoré de fresques du XIVème. Petit mais… beau.

A Kyustendil, près de la frontière macédonienne, nous ne prendrons qu'un café, apercevant seulement deux mosquées abandonnées et les bains d'où surgit une eau sulfureuse à 74°. Deux types rodent autour de la voiture et je n'ai vraiment pas confiance; syndrome du déjà vu, de la ville frontière ?

Déjeuner dans un resto sympa, en route vers Dupnitsa. Une fois encore la ville est agréable, dotée d'une grande place accueillante et de 2 ou 3 rues piétonnes où de nombreux cafés accueillent les promeneurs nonchalands. Une fois encore, la mosquée est fermée et en état de semi-abandon… Je commence a comprendre ce qui se passe en Yougoslavie !!!

Cinquante kilomètres supplémentaires et nous arrivons au monastère de Rila. C'est un peu pour la Bulgarie ce que fut Cluny, FrontFroide ou Solesmes. Centre spirituel, théologique, économique, politique… sis au creux d'une vallée. L'église, toute de fresques vêtue, constitue le centre de bâtiments raffinés. Je pense au " Nom de la rose " notamment en admirant la tour qui jouxte le saint édifice: c'est tout à la fois une tour de guet et le clocher (les églises orthodoxes n'ont pas de clocher en propre). Malheureusement les visites ne sont plus possibles à cette heure. Nous échouons donc à un café de baraque-souvenir où un pope et quelques autres bulgares prennent un verre. Ceux-ci on déjà un petit coup dans le nez, mais cela ne nous empêchera de discuter longuement en allemand par l'intermédiaire du cousin du pope. Ce dernier nous bénira en nous souhaitant bon voyage jusqu'en Asie.

L'heure n'étant pas si tardive, nous entreprenons l'étape suivante, qui nous conduit à Melnik, à quelques kilomètres de la frontière grecque. Le paysage d'ailleurs a beaucoup changé devenant aride et ressemblant à la Grèce, et le climat s'adoucit. Nous arriverons avec la nuit, la voiture laissant percevoir quelques signes avant-coureurs de mauvaise humeur. Elle aura parcourue (et nous avec) 300 km dans la journée, franchissant les 6000km depuis Paris.

A Melnik nous resterons dans un hôtel trois étoile au prix étonnamment raisonnable (25 leva). Le dîner est moyennement bon mais animé par les trois femmes d'un groupe de bulgares qui dansent avec leurs filles. Petit vin de la région et grappa du monastère comme digestif.

Vendredi 10 septembre

Après le petit déjeuner pris au soleil, réglage du moteur et nous partons visiter le village. Nous devrons très vite renoncer, sous les assauts de la pluie. Qu'à cela ne tienne, le Monastère de Rozhen est à 6 km. Superbe et la route qui y mène également. On se croirait parfois, au détours d'un virage, en Cappadoce avec ses dolmites naturels qui coupent le paysage. Nous y rencontrerons une famille de Bulgare qui revient du Japon; la femme parle français, son mari l'anglais.

De retour à Melnik, la pluie sévissant toujours, nous décidons d'entamer l'étape suivante. Le paysage de montagnes oscillera toute la journée entre les forêts sombres de sapins, les prairies vert tendre (où manquent seuls les trous pour faire un golf), les régions de lacs…

Au détour d'un virage, un homme gît sur la route. Aidé d'un ouvrier qui travaillait à proximité, nous ramènerons le soûlard hébété au village le plus proche (5km). Nous reprenons la route qui est de plus en plus mauvaise. Attente de ¾ heure que trois bulldozers stabilisent la chaussée effondrée. En arrivant à Kovachtevitsa, village flanqué sur la montagne, sali par les innombrables copeaux qui résultent de l'exploitation du bois, il pleut toujours, malgré plusieurs éclaircies dans la journée. Maisons de pierres, habitants aux habits traditionnels turquisants. Agacés, nous brûlerons les étapes et rejoindrons Bracigovo, petite ville de 4000 habitants jumelée avec un village du fond de la Bretagne. Hôtel, recommandé par notre routard vieux de 2 ans se révélera une excellente adresse. Notre appartement, tout en bois, sanitaires impeccables, surplombe une cour intérieur que cernent des hauts-vents de vigne sauvage. Les gens sont charmants, le dîner excellent et nous payerons le prix bulgare soit 100 Fr. La voiture a très bien fonctionné pendant les 300km de la journée, mais comme chaque soir le moteur fait sa crise, cale et rouspète. Il nous reste 14.000km…

Samedi 11 septembre

Profitant de hôtel agréable, nous resterons une journée imprévue. Cartes postales, lecture de Schopenhauer (!!!), ballade dans la ville, discussion avec le serveur…

Je fais réviser la voiture par le mécanicien recommandé par le serveur de hôtel. Il a travaillé 1 mois à St Geneviève des Bois; n'est ce pas gage de qualité ? Après avoir déposé la voiture, nous nous baladons dans le village. A 18 heure, un ami du garagiste vient me chercher. La voiture est prête, mais il me conseille de changer la pompe d'embrayage d'ici 1000km. Il a remplacé un roulement défectueux du système d'allumage, révision complète, réparation des différentes lampes qui ne s'allumaient plus… La routine Lada, quoi !

Finalement je pars à la ville proche, pour acheter la fameuse pompe a embrayage avec un autre ami du garagiste. Il la montera ce soir et ça me permettra d'essayer la voiture. Celles ci fonctionne à merveille… jusqu'à 500m avant le vendeur de pièces détachées. Là, plus de puissance, le moteur cale et nous finissons les derniers mètres en pétarades, en 1er de vitesses courtes. Redémontage du système d'allumage par un vieux monsieur qui agit avec la précision d'un horloger et conclut en expliquant qu'une rondelle de l'axe d'allumage est probablement tombée dans le moteur ce qui laisse un jeu cause de tous nos soucis. Il répare, entouré d'une demi-douzaine de spectateurs-commentateurs-assistants chacun ajoutant un couplet sur la qualité des voitures russes et françaises, sur le voyage jusqu'en Mongolie, sur l'a propos du choix d'une Lada pour cette expédition… De retour à Bracigovo, affinage du réglage et remplacement de la pompe d'embrayage.

Pendant ce temps, je discutes en anglais avec une personne de l'assistance. Il a passé 3 mois en Finlande l'an dernier et reste très critique vis à vis des nordiques. La plaisanterie s'achèvera vers 21h, allégé de 80 leva (250 Francs) plus 21 leva pour la pompe. C'est pas très cher en soi, mais me parait beaucoup pour le pays. De plus je n'ai plus beaucoup de brouzoufs… De toutes les façons il fallait impérativement faire cette révision et je me sens plus confiant pour prendre la route, sachant la voiture comme neuve.

Dîner léger et dodo.

Dimanche 12 septembre: Plovdiv (la deuxième ville du pays)

La vieille ville délimitée par les remparts romains rappelle, dans un style bulgare du XIXème, Montmartre et ses enchevêtrements de ruelles, jardins et maisons. Si les maisons bourgeoises de Zheravna et Koprivichtitsa restaient rustiques dans l'âme malgré leur raffinement, celle du vieux Plovdiv en sont la version citadine. Même disposition des pièces, même richesses des peinture murales et des plafonds en bois, mais plus européennes, moins ottomanes, un peu moins belles à mon goût. Toujours de nombreuses églises aux riches iconostases. Devant l'une d'elles, nous discutons avec une américaine qui fait partie des "Peace Corps" sorte d'ONG sponsorisée par le gouvernement américain. Elle est là pour 3 ans, sur un projet de nature écologique. Nous partageons nos impressions sur le pays et tachons de mieux comprendre certaines interrogations qui me traversent l'esprit.

La "partie moderne" de la ville est irriguée d'une longue rue piétonne aux nombreux cafés, glaciers et boutiques de vêtements. A deux jours de quitter la Bulgarie notre impression générale se dégage par contraste et comparaison avec la Roumanie.

De Paris, les Balkans sont "tous ces pays" un peu semblables par leur pauvreté, leurs ex-régime sanguinaires, leurs histoires tourmentées… Quelle surprise que de constater que la similitude entre la Roumanie et la Bulgarie est comparable à celle de l'Irlande et du Portugal!!! De la Roumanie, je retiendrais surtout les fabuleux monastères de Bucovine, les montagnes, les ségrégations ethniques, les routes en mauvais état, les usines fumantes dans chaque ville et village. De la Bulgarie, je privilégie les villages traditionnels, les sympathiques places centrales de toute ville ou village, la bouffe si fine et si variée, l'absence de pauvreté apparente (voire une richesse exubérante), le bon état des routes, la vigne vierge de tous les jardins.

Lundi 13 septembre

J'y crois pas!!! Bien que la voiture ait passé la nuit dans un parking gardé (le plus cher jusqu'à présent: 60F), lorsque nous arrivons sur place, le gardien nous montre le déflecteur ouvert, le loquet cassé et les affaires sens dessous dessus. Très calmement nous vérifions ce qui a pu être dérobée, mais rien ne semble manquer à l'appel. Cela me mettra quand même de mauvaise humeur et je rumine tout en conduisant vers le monastère de Bachkovo. Les anglais ont la bonne expression pour qualifier ce qu'est le vol en Bulgarie: "A pin in the ass" !!! Bizarrement, il semble que les sacs de couchage (pourtant très chers), les livres, les médicaments, la tente, les ustensiles de cuisine, les pièces de rechange pour la voiture, les échantillons de parfum ne les intéressent pas.

Nous irons visiter le monastère chacun notre tour puisque la voiture ne ferme plus. Pendant que Saki admire les fresques et les icônes très belle d'un lieu un peu trop touristique pour mon humeur de ce matin, j'aborde un japonais qui a l'air sympathique et qui prend un café au soleil. Depuis le mois de Mars, il sillonne l'Europe en bus et surtout à pied, dormant dans la campagne. Nous passerons la journée ensemble à visiter la région.

Il a commencé à voyager il y a 3 ans; il avait alors 18 ans. Depuis, il a bourlingué principalement à pied sans guide ni montre en Chine, Mongolie, etc... Etudiant en droit, passionné par l'Espagne, chrétien (il a revient du pèlerinage de St Jacques de Compostelle) et extrêmement sympa. On est loin de notre voyage "à la bourgeoise" où la voiture consomme chaque jour son budget de 5 jours, de nos nuits dans un bon lit chaud, de nos cartes et de notre planning. Sa famille n'est pas vraiment au courant de la façon dont il voyage ni qu'il s'est fait dévaliser à Cordou ou agresser a Paris, mais qu'importe. Nous nous quitterons le soir, chacun vers sa route, gardant précieusement l'Email de l'autre. Entre temps nous aurons rafistolé le déflecteur. Le garagiste qui m'a demandé 2 leva empoche le billet de 5 leva sans me rendre la monnaie et en me disant merci. Je ne dis rien et me rend compte ensuite que je suis trop gentil dans un monde de requins…

Nous sommes également allés voir un pont rocheux naturel de près de 100 m, creusé par la rivière entre deux montagnes. Beaucoup de grottes, et les spéléologues seraient à leur affaire. Ballade au milieu des sapins, traversée d'une petite station de ski chic et qui semble très agréable. Le soir nous atterrissons à Shiroka Laka (nous avions prévu d'y déjeuner afin d'être demain à Istanbul). Nous demandons à des villageois un endroit pour dormir. Celui ci est un appartement spacieux pour nous tous seuls, dans un chalet aux propriétaires adorables. Les pièces sont décorées de trophées de chasse: cerfs, sangliers, ours… Dîner dans une petite cantine du village, parmi les paysans du coin, arrosé d'un schnaps local.

Mardi 14 septembre

Pour notre dernière matinée en Bulgarie, notre famille d'accueil témoignera d'un extrême gentillesse. Petit déjeuner aux petits oignons préparé par la mère de la famille qui se comporte comme une grand-mère pour nous. Petites discussions (en bulgare) avec le père, sur la voiture, le voyage…

La journée est rythmée par 250 km de montagne en Bulgarie et tout autant d'autoroute en Turquie.

Au fur et à mesure que nous approchons de la frontière, les paysages montagneux et résineux font place à une plaine aride que nous parcourons jusqu'à la mer et Istanbul. C'en est donc fini de la Bulgarie (dans l'ensemble, un excellent séjour), des signes de tête inversés pour dire "oui" et "non", des cigarettes Victory dont le paquet exhibe fièrement "Paris-London-New York" alors qu'elles n'ont jamais franchi la frontière. Au passage, je me demande toujours par quel miracle les bulgares ont la même gestuelle que les indiens pour approuver au nier; je ne connais pas d'autres peuples d'Europe ou d'Asie qui fasse de même!!!

Le paysage de la frontière sera un peu long. Si les bulgares se montrent souriants et aimables, les turcs sont compliqués et désagréables. Il faut courir d'un bureau à l'autre, sans que ce ne soit indiqué nulle part.

L'autoroute turque 2x2 voies qui nous mène à Istanbul est en parfait état et l'on n'y décèle aucune trace du tremblement de terre. Peu de circulation.

A 100km d'Istanbul, nous passons nos premiers coups de fil depuis un mois et demi, afin de récupérer les documents qui nous attendent à Paris et qui nous permettrons théoriquement d'obtenir les visas pour la suite du voyage. A cette occasion, j'apprends que le visa iranien a été refusé et qu'il faut reformuler une demande en indiquant les dates précises du trajet. Pas génial, et cela risque de perturber sérieusement certaines visites pour les pays suivant. Nous sommes donc bloqués en Turquie jusqu'à nouvel ordre.

Il fait nuit lorsque nous arrivons à Istanbul, dans lequel nous nous perdons copieusement. Hôtel, repéré dans le routard de 1992 existe toujours, situé à deux pas de la mosquée bleu et de St Sophie, c'est une vieille maison ottomane au luxe simple, moderne et appréciable. Il n'y a pas grand monde dans les rues et en tout cas pas beaucoup de touristes. Les tremblements de terre (ça a encore bougé hier soir) semblent en avoir découragé plus d'un. Tant mieux, la ville est à nous!!!

Avant de se coucher, appel aux familles.

Mercredi 15 Septembre

Petit déjeuner sur la terrasse de l'hôtel avec vue plongeante sur les mouettes qui voltigent autour de la Mosquée Bleue. L'appel du muezzin, au lever du jour, nous trouble à peine dans notre sommeil réparateur des 500km de la veille.

La matinée est consacrée au règlement des problèmes de visas. Finalement, il apparaît que nous ne pourrons pas aller au consulat iranien avant le 26. Nous partirons donc à Ankara dès demain, irons vraisemblablement en Cappadoce et reviendrons à Istanbul dans une dizaine de jours.

Le reste de la journée, nous visitons quelques uns des hauts lieux de la ville: Mosquée Bleue, Ste Sophie, le réservoir d'eau souterrain, le bazar. Pour moi, c'est un peu la redite du séjour avec 3D (y compris le thé et le narghilé dans les ruines du tombeau de Ali Pacha) mais c'est un plaisir renouvelé. Le reste, nous le verrons à notre retour.

Jeudi 16 Septembre : Istanbul - Ankara

Nous prenons l'autoroute vers midi, après une heure de traversée d'Istanbul. Celle-ci passe par Izmit, épicentre du tremblement de terre, mais nous ne verrons pas de trace probante de la catastrophe. Il nous faut plus de 5 heures pour atteindre Ankara (450 Km) car je ne veux pas forcer la voiture.

Nous logeons chez Melike, connaissance d'Internet avec laquelle nous aurons de longues conversations. Son frère se joint à nous. Tard dans la soirée, Melike et moi surfons sur le Net, tentant de prendre le contrôle de l'ordinateur d'un de ses amis, à l'aide d'un Cheval de Troie. Nous irons nous coucher à l'heure où le muezzin appelle pour la prière du matin.

Vendredi 17 Septembre

Grande journée de flemme. Nous nous levons à midi, discussions, travail sur l'ordinateur, appel des ambassades d'Iran et de Russie, nombreuses parties de Backgammon. Notre seule sortie sera consacrée à faire développer les photos.

Samedi 18 Septembre

Nous avons décidé d'aller passer quelques jours de repos en Cappadoce, en attendant les visas. Malheureusement, Melike ne pourra se joindre à nous. Nous partirons demain.

Le frère de Melike vient nous rendre visite dans la matinée. Il ne se sent pas bien et subit finalement une crise d'épilepsie.

Nous partons, Saki et moi, visiter la ville. La paresse de comprendre comment fonctionnent les bus et les dolmus nous amène à tout visiter à pied. Une petite dizaine de kilomètres dans la pollution, le long des axes principaux. Nous ne voyons rien de la citadelle et des musées. Une loose en quelque sorte.

De retour à la maison, nous faisons connaissance avec la mère de Melike, venue s'occuper de Kerim. Le soir, nous repartons en ville, avec Melike cette fois, pour un dîner Raki / Mezze. C'est un peu similaire aux soirée vins / fromages. L'esprit, un peu embué par les vapeurs d'alcool, ne contrôle plus tout à fait les langues qui se délient. Soirée très sympa où nous avons beaucoup parlé de nombreuses facettes de la vie en Turquie.

Dimanche 19 Septembre

Nous serons longs à nous préparer, peut-être parce qu'on n'a pas vraiment envie de quitter un si chaleureux accueil. En réalité, nous reviendrons d'ici trois ou quatre jours.

Les 300 Km du trajet vers Goreme se déroulent sans encombre. La voiture fonctionne correctement depuis plus d'une semaine même si l'essence turque requerra un nouveau réglage de l'avance à l'allumage. Les paysages arides et vallonnés sont superbes.

En Cappadoce, nous logeons dans une petite pension tenue par une française, chez qui j'étais déjà venu il y a près de 7 ans. Depuis, elle s'est mariée et a deux enfants, mais l'endroit est toujours aussi agréable. Le dîner de spécialités turques est un régal et le vin de la région un plaisir pour le palet. La chambre, creusée dans la roche, est décorée de façon traditionnelle. Le jardin de poiriers sera notre lieu de prédilection pour prendre un verre.

Lundi 20 Septembre

Les promenades dans les vallées avoisinantes sont nombreuses. En suivant le cours d'un ruisseau presque asséché; nous traversons des jardins fruitiers encaissés au milieu des falaises caractéristiques de Cappadoce. De nombreuses habitations troglodytiques, des passages taillés dans le rocher, forment des raccourcis étonnants. Pommes, pêches, poires, raisin… en font des pays de cocagne cachés. Du haut des falaises, on a peine à distinguer les innombrables vallées qu'ont domestiquées de nombreux peuples depuis 10.000 ans.

En milieu d'après-midi, nous prenons un jus de cerise à damner les plus vertueux. Nous faisons la causette avec le patron qui nous donne une vision de la Turquie un peu trop facile: "Oui, le pays n'est pas totalement démocratique, mais la Turquie doit subir toutes sortes de complots des puissances étrangères, qu'elles aident le PKK ou qu'elles diffusent des campagnes de désinformation pour réduire le tourisme, privant l'économie d'une de ses premières ressources". Amusant à comparer avec les propos tenus par un autre turc rencontré hier soir. Ce dernier a 60 ans, a voyagé partout dans le monde, connaît très bien l'histoire des peuples de la région, même s'il a une certaine tendance à des raccourcis historiques qui l'arrangent. En tout cas, personne ne reste insensible à notre voyage: les turcs et autres populations de ces contrées ont des origines indiscutables en Mongolie et en Asie Centrale. Qui est qui, est peut-être moins clair.

Lundi 21 et Mercredi 22 Septembre

Petit déjeuner au soleil sous le poirier. Je tente un réglage du moteur pour le mettre aux normes de l'essence turque, puis nous partons visiter la région en voiture. Dans chaque vallée, de très nombreuses églises troglodytiques, dont certaines en imposent par leur taille, évoquent les premiers chrétiens que St Paul visitait. Un monastère constitue un véritable dédale qui pouvait résister aux envahisseurs les mieux armés : à moitié enterré, à moitié creusé dans les "cheminée de fées". Nous traversons également un village de marchands grecs qui a subi l'échange de population organisé par Ataturk en 1924, suite à la guerre d'indépendance contre la Grèce.

Des paysans à qui nous demandons notre chemin nous convient à prendre le thé avec eux. Ils rentrent la récolte de pommes de terre dans des hangars également creusés dans la falaise. Ils nous montrent fièrement la dynamite française qu'ils utilisent pour attaquer la roche.

Dans la journée, nous avons franchi la barre des 8000 Km depuis Paris.

Jeudi 23 Septembre : Retour sur Ankara

Chez Melike, nous faisons connaissance avec Louis, un de ses amis français (de Limoge). L'appel à l'agence de voyage iranienne parisienne n'indique aucune progression pour l'obtention de notre visa: Je dois rappeler Lundi.

Le dîner est excellent, comme chaque soir. Puis j'explique à Melike comment créer un site WEB. Nous irons nous coucher avec l'appel pour la prière du matin.

Vendredi 24 Septembre

Lever tard, petit déjeuner de pâtisseries turques. Nous partons tous les quatre en ville: bazar, cafés, lèche-vitrines. Nous goûtons un sandwich aux tripes de mouton grillées et épicées: succulent. Le soir, parties de cartes jusqu'à 5 heure du mat'.

Tout en trichant copieusement, nous trouvons une idée de fil conducteur à ce récit, voire même pour un futur documentaire: "Souligner les influences et les similitudes étonnantes entre les coutumes et traditions des lieux que nous traversons (Ex: le Oui/Non des bulgares et des indiens)". Idée à creuser…

Samedi 25 au Mercredi 29 Septembre

Cinq jours d'attente et de démarches pour s'assurer de l'arrivée du n° de visa à Istanbul puis son transfert sur Ankara. Il est de plus en plus probable que nous ne repasserons pas par Istanbul afin de gagner au plus vite l'Iran; Il nous faudra revenir une autre fois pour correctement découvrir l'exotisme de cette porte de l'Orient.

Nous meublons nos journées en visitant (un peu) la ville que nous trouvons très polluée et en discutant sans fin avec Melike, Louis et Kerim. Tout y passe, de la politique turque à la linguistique, l'éducation, la philo, etc… J'en profite aussi pour mettre à jour le site internet de près de deux mois de notes.

Chaque soir, l'un de nous prépare un festin; nous goûterons des plats turques bien sûr, mais aussi japonais, tunisiens, italiens, sans oublier des escalopes à la crème et un boeuf bourguignon, toujours arrosés d'un bon vin turque (Yakut). Coucher très tard et lever en conséquence.

Melike est d'une gentillesse et d'une hospitalité extrêmes. Sa mère nous rend de nombreux petits services. Cookie (le chien) et Ghara (la chatte) amusent la galerie. C'est l'accueil à l'oriental, comme il n'existe malheureusement plus chez nous.

Le dernier soir, Melike, Louis et Saki reviennent de boite avec trois personnes de l'ambassade de France. Ils nous invitent à une fête le lendemain soir, mais nous préférerons rester entre nous. Saki est déçue que "nous perdions notre temps à Ankara" et le fait savoir par une petite bouderie. Il est vrai que nous n'aurons finalement que très peu vu la Turquie. De plus nous apprenons l'hospitalisation de son père: il aurait la tuberculose, ce que doivent confirmer les examens en cours.

Jeudi 30 Septembre

Le visa en poche, nous reprenons la route avec plus d'une semaine de décalage sur le dernier planning déjà très décalé. Nous abandonnons Melike, Cookie et Ghara, non sans un pincement au fond de nous.

Nous coupons au plus direct vers la frontière iranienne, sacrifiant plusieurs étapes qui semblaient prometteuses. La voiture fonctionne moyennement bien, ce qui ne nous empêche pas de parcourir 400 Km et d'atterrir dans une pension de très bon goût, à Amasya (Ilk Pension): maison ottoman du XVIIIème siècle.

Vendredi 1er Octobre

Malgré l'envie de passer une journée tranquille dans cette ville qui présente quelques beaux monuments, nous décidons de poursuivre notre route vers l'Est. 120 Km à suivre une vallée aux paysages très changeant, de l'aridité brute aux forêts verdoyantes. Puis c'est la Mer Noire que nous avions soigneusement évitée en Roumanie et en Bulgarie. Tout le reste de la journée, nous la longeons à fleur d'eau ou du haut des quelques falaises. Nous franchissons, dans l'après-midi, la barre des 9000 Km depuis Paris. Le soir, après 7 heures de route (400 Km), nous aboutissons dans une pension très quelconque, au bord de la nationale. La nuit va être bercée par le bruit des camions… Dîner dans un bouïb: simple mais efficace pour se sustenter.

Samedi 2 Octobre

Malgré le bruit des camions et autres autocars, nous ne nous réveillons qu'à 9h30. Depuis le début du voyage, on ne peut pas dire que nous soyons des lève-tôt!!!

La route que nous empruntons remonte une vallée extrêmement belle et étonnamment verte. Les barrages hydroélectriques et les très nombreux tunnels lui donnent un air de décor de train électrique.

Partis de la mer, nous franchissons plusieurs cols à 1300, 1800 et plus de 2000 mètres. Dans l'après-midi, nous traversons un immense plateau dont l'altitude dépasse les 1800 mètres et qui ressemble à un mélange des champs de blé beaucerons et aux bocages normands: étonnant à cette altitude.

C'est le premier jour où je perçois l'avancée de l'automne, parant de mille couleurs les bosquets de feuillus. Tout particulièrement, les flancs d'une montagne nous offriront une palettes d'or, d'ocres, de rouges, qui suggère le goût impressionniste du Créateur. C'est en cet endroit que la voiture nous lâche pour sa n-ième crise d'allumage. Démontage stoïque et réglage au jugé nous tireront d'embarras, sans toutefois supprimer tous les hoquets du moteur.

Nous nous arrêtons peu avant la tombée de la nuit, afin de faciliter la recherche d'un hôtel. Celui-ci est propre et typique, mais il n'a pas de douche!!! Au moins Saki ne sera pas obligée de dire qu'elle préfère s'abstenir parce que la salle d'eau n'est pas très propre (ce qu'elle a fait ce matin).

La ville est agréable, traversée par quelques rues marchandes où les hommes prennent le thé et jouent aux échecs. Dans un magasin, nous entamons une discussion avec un turc très gentil. Il nous fait visiter la ville qui se révèle être une station thermale. Saki me fait remarquer que notre hôtel est un peu minable (chambre double à 28 francs) par rapport à celui des thermes (la double ne coûte que 140 Frs). Avant de rentrer dormir, nous envoyons quelques Emails dans l'un des deux Internet-cafés de la ville, histoire d'organiser une transfert de dollars sur Téhéran.

Dimanche 3 Octobre

Dès 9h30, nous prenons la route, un peu somnolents: le manque de douche et de petit déjeuner, peut-être. Je conduis tranquillement à 80Km/h, sachant pertinemment, qu'au delà, les hoquets reprennent. Nous sommes toujours sur le même plateau, obliquant parfois entre d'étroits défilés. On comprend que ces lieux furent l'objet d'invasions multiples et sanglantes. La terre est riche comme en témoignent les champs cultivés à perte de vue. Les villages Kurdes sont faits de pierre et de terre, très bas, comme dissimulés. Beaucoup de militaires et de policiers, sous forme de casernes, de champs d'entraînement et de barrages sur la route.

Vers 1h, le mont Ararat se dresse à l'horizon, du haut de ses 5137 mètres. La cime enneigée tranche nettement avec l'ocre des montagnes alentours. Nous sommes à la frontière. Du coté turque, c'est la même pagaille qu'à Edirne et rien n'indique la marche à suivre. Coté iranien, nous sommes pris en charge par un agent de tourisme qui a son bureau au milieu des douaniers. Il me conduit de guichets en guichets, change nos lire turques contre des rials iraniens à un taux que je crois acceptable et nous débarrasse, avant l'inspection des douaniers, de la bouteille de saké que nous avions oubliée dans la glacière. Il viendra ensuite me demander comment le boire… Toutes ces formalités nous prennent 3 heures et j'y ai gagné une Saki new-look, vêtue de long et un foulard sur la tête ; Plusieurs iraniens, iraniennes et turques viennent l'aider à se parer, obtenant ainsi l'approbation du soldat qui garde le poste.

Nous n'irons pas loin ce soir: Maku, situé à 15Km de la frontière. Je profite de la soirée pour faire réparer la vitre de ma portière qui reste désespérément ouverte et amorphe…

Vers 8h30, le dîner constitue notre premier repas de la journée: viande de mouton et légumes mitonnés dans un pot en terre, dont on extrait le bouillon qu'on boit comme une soupe, puis on écrase viande et légumes pour en faire une purée à manger avec du pain. Très bon. Nous discutons avec deux kurdes de Turquie et fumons le Narghilé avec un tchaï (thé). Douche réparatrice et dodo.

Lundi 4 Octobre

Lever à 6h30 pour déplacer la voiture que j'avais garée sur le trottoir devant hôtel … et retour au lit: ce n'est pas une heure décente! A 8h30, nous prenons notre premier p'tit-déj' iranien: thé, pain arabe, miel et fromage frais. Saki appelle au Japon pour avoir des nouvelles de son père mais les résultats des examens ne sont pas clairs. Je l'entraîne (voire la traîne) ensuite dans un magasin de vêtements pour lui acheter une tenue "adéquate" (manteau sombre et foulard). Le choix est difficile entre les qualités de tissus, la couleur, la coupe… Je m'énerve un peu lorsqu'elle me dit "qu'on verra plus tard", ayant l'impression qu'elle ne comprend pas l'instante obligation de se conformer aux règles du pays. Le vendeur va chercher un marchand de kebabs qui parle un peu anglais et qui débloquera la situation. Pour le remercier, nous irons prendre un jus de fruits dans son bouïb. Saki au look iranien reçoit les éloges des gens de hôtel et nous prenons la route.

La contrée est quasi-désertique, parsemée de vastes oasis. A l'horizon, les montagnes ont une tête de tondu. Notre première visite en cette terre d'Islam sera pour une église arménienne. Construite de pierres noires et blanches, ses murs extérieurs sont très richement et finement sculptés. Après une tentative infructueuse pour visiter une cité antique, nous roulons vers Tabriz que nous atteignons au coucher du soleil.

La route est en excellent état et la circulation n'est pas très dense. Les principales villes sont indiquées en alphabet latin ce qui nous évite la lecture du farsi. Tous les 50Km, un barrage de police contrôle la plupart des véhicules mais nous fait signe de passer dès qu'ils voient l'immatriculation étrangère, sourire en prime. Les iraniens sont des maniaques du klaxon et des appels de phare (comme les turcs) et bien que nous ne constatons pas de réelles imprudences de leur part, nous verrons plusieurs fois des véhicules les quatre fers en l'air, très amochés : Les Lada Niva que nous rencontrions encore en Turquie ont laissé la place à des Land Rover. Nous sommes indiscutablement dans une ex-zone d'influence britannique. Le prix de l'essence est incroyablement bon marché (26 centimes par litre!!!)

Dans la journée, nous dépassons trois groupes de cyclistes étrangers, dont un que nous avions rencontré hier à la frontière. Nous nous arrêtons ¼ d'heure pour faire la causette. Celui-ci est flamand et rejoint l'Inde à vélo pour aller prendre des cours de cithare. Il est parti de Belgique le 7 juillet, soit à peine trois semaines avant nous. En fait il ne visite pas trop les lieux qui le feraient dévier de sa route. Il nous apprend que les deux autres groupes sont des hollandais et qu'ils vont également en Inde. C'est sans doute très à la mode de par chez eux! Décidément, les gens ont vraiment des idées bizarres et on se demande qui bosse en ce bas monde!!!

Dans la journée ; nous avons passé les 10.000 Km depuis Paris et les 100.000 Km de la voiture.

Mardi 5 Octobre

Pendant le petit déjeuner, nous assistons à l'engueulade d'un employé de hôtel par ce qui semble être le patron. La discussion qui avait débuté sur un ton calme se transforme vite en braillements de part et d'autre. La dispute dure depuis plus d'une demi-heure lorsque nous les quittons et ils y sont peut-être encore.

Le bazar de Tabriz est réputé pour sa taille, ses tapis, ses épices et l'architecture de ses passages voûtés. Nous y faisons un tour rapide, assez cependant pour se laisser imprégner de l'atmosphère du lieu. Un homme qui se présente comme agent de tourisme nous invite à prendre un thé et nous passons une demi-heure à bavarder avec lui. Il nous appendra notamment que l'opération de change réalisée à la frontière n'était pas une très bonne affaire…

Nous quittons la ville vers midi, en direction de la Mer Caspienne. La boite de vitesse de la voiture vibre un peu et j'essaye à tout hasard de passer en vitesses courtes et/ou de bloquer le différentiel; Très mauvaise idée, car celui-ci se bloque complètement et nous sommes donc immobilisés à une station service. Comme à chaque fois que nous montrons la moindre hésitation en Iran, des gens viennent nous proposer leur aide et sur les conseils de l'un d'eux, j'arrive, au bout d'une demi-heure, à débloquer ce fichu différentiel.

Vers 15 heure nous arrivons dans ce que le Lonely Planet (notre guide) présente comme un charmant village. Charmant oui, mais c'est plutôt une ville de 20.000 habitants. Notre première action sera d'aller boire un tchaï dans une chaïkhuneh (prononcer: tchaïrouné) traditionnelle, petit établissement où deux rangées de tables se font face et où les hommes prennent le thé et fument le narghilé (appelé gaïlan en Iran), papotant dans cette ambiance chaude et enfumée. Un russe d'Azerbaïdjan nous pose mille questions, nous invite chez lui à Bakou et les autres personnes présentes participent activement à la discussion. Lorsque nous demandons le chemin de la citadelle indiquée dans notre guide, cela devient un vrai capharnaüm, chacun y ajoutant sa vision des choses. Finalement, nous irons voir le mausolée d'un prince musulman du XIIème siècle.

Celui-ci est une tour décorée de céramiques bleues, comme on en verra souvent en Asie Centrale. Des gamins nous proposent de visiter l'intérieur de la tombe et partent chercher la vieille femme qui en détient les clef. Ils tentent de nous expliquer l'histoire et les traditions relatives à ce lieu où bougies et bandes de tissus rappellent les rites de très nombreuses religions: Maya, bouddhiste, Mongol... L'explication s'avère très difficile car ils ne parlent pas l'anglais, et nous décidons tous d'aller voir un professeur d'anglais de leurs amis.

Avec nous, un homme d'une trentaine d'années se présente comme ce que nous dénommerions "Chargé de s'assurer du respect des principes de la révolution islamique"; C'est un civil. Nous atterrissons dans un bureau du centre de recherche coranique de la ville, entourés d'une demi-douzaine d'amis qui nous font découvrir un CD-Rom sur le Coran et l'Islam. Je m'intéresse surtout aux photos des mosquées à travers le monde, visitant ainsi le Moyen Orient, L'Asie Centrale et l'Espagne.

Ils nous convainquent de passer la nuit à Meshkin Shahr, nous invitant chez eux. Après le dîner pris ensemble dans une restaurant simple et excellent (riz et poulet), nous partons tous chez Ali (le responsable de la propagande). Il a fait des études relativement poussées sur la doctrine de l'Islam et la philosophie occidentale. Ses références sont surtout grecques et allemandes (Platon, Aristote, Kant, Hegel). J'essaye de savoir ce qu'il pense de l'opposition entre Platon et Aristote (notamment si l'Islam condamne Aristote comme l'Eglise Catholique l'a fait au Moyen Age), mais les deux sont très bien à ses yeux.

La discussion embraye sur la politique (ce que l'on pense de l'Iran) et j'esquisse "la stratégie du carré" qui veut que l'Occident cherche à assurer la stabilité du Moyen Orient en s'appuyant sur quatre puissances (Iran, Irak, Saudi et Egypte). Celles-ci doivent conserver une égale influence et puissance. Si l'une d'elle montre des ambitions trop grandes, l'Occident soutiendra les trois autres, voire affaiblira le plus menaçant par tous les moyens, sans jamais le déstabiliser complètement : L'aide à l'Irak pendant la guerre Iran-Irak, l'embargo américain sur l'Iran qui cherche à prendre la tête d'un renouveau islamique, l'attaque de l'Irak sans supprimer Saddam Hussein lors de l'invasion du Koweit en sont quelques exemples. Cette analyse, certainement incomplète, plaît à mon auditoire car ils en retiennent surtout que l'Iran subit la pression américaine, justifiant ainsi leur agressivité à l'encontre des US.

Depuis deux ans, le Président Khatami mène une réelle politique d'ouverture, prudente et progressive. Celle-ci est subtile, car si le mot d'ordre est clairement de tisser des liens culturels et économiques avec les autres pays, cela ne peut se faire qu'à la stricte condition que ces derniers "ne s'immiscent pas dans les décisions du gouvernement iranien et respectent celles-ci". Naturellement, cette condition laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, donnant la possibilité aux plus conservateurs de lever le poing autant qu'ils le veulent et éviter qu'ils n'accusent la politique conduite, de trahison envers les principes de la Révolution.

La discussion entame ensuite le terrain de la religion. Je suis catholique, Saki est bouddhiste-shintoïste et eux musulmans chiites. Ils se montrent d'abord curieux. Avec le recul, j'ai un peu l'impression qu'ils appliquaient une dialectique (stratégie de persuasion) bien apprise: questions ouvertes puis de plus en plus pointues et fermées, cherchant à montrer la contradiction ou l'absence de logique, et conclusion, proposant l'Islam comme alternative rigoureuse. La lecture récente de "L'art d'avoir toujours raison" de Schopenhauer (Merci Kito) m'éclairait sur les astuces dialectiques utilisées par les uns et par les autres, à commencer par moi-même. J'en souriais en intérieurement. Ainsi, après un échange culturel sur les différentes branches de la Chrétienté et de l'Islam, de nos croyances respectives, ils en viennent à me demander si j'ai une connaissance approfondie des différentes religions qui justifie un choix raisonné pour le catholicisme. Je me garde bien de répondre à la question, anticipant une analyse contradictoire "scientifique" de leur part, à laquelle je n'aurais pu répondre.

A ce propos, il est étonnant de constater que le terme "scientifique" revient comme une ritournelle à propos des travaux d'étude sur l'Islam. Cela me rappelle un peu les mécanismes intellectuels propagés par les soviétiques et les national-socialistes… La justification logique à tout prix est souvent le propre des régimes qui éprouvent le besoin de donner un sens à des actes qui en manqueraient (?). Mais à la différence des deux exemples cités, n'est-il pas contradictoire qu'une théocratie (qui place la chose divine au-dessus de tout et partout) tente de donner un sens à ses actes et ses croyances par l'étude scientifique et logique (plaçant le raisonnement humain en haut de l'échelle et lui accordant la capacité de tout comprendre, même l'inexplicable: la Foi)? N'est-il pas amusant de constater qu'un peuple si sensuel (cf. Omar Khayaam, Hafez, Sa'di, Ferdosi) soit gouverné par des gens qui oublient si aisément cette dimension de la vie dans l'exercice de leurs responsabilités? N'est-il pas déroutant, alors, qu'ils ne condamnent pas Aristote, dangereusement sensible au caractère illogique de l'homme?

Ainsi, je refuse le combat prémédité (?) en tentant d'expliquer ma quête "d'honnête homme" de culture chrétienne et ouvert sur l'expérience des nombreuses autres civilisations. J'entreprends (avec prudence) d'éclairer le débat de la séparation entre l'Eglise (qui peut guider des décisions individuelles) et l'Etat (qui doit gouverner les règles sociales), illustrant ma réflexion des abus de l'Inquisition. Silence…

La salle commune est grande, peu de meubles, pas de sièges, maculée de tapis sur lesquels on s'assoit à même le sol. Hommes, femmes, enfants sont tous là, mais naturellement regroupés en deux cercles distincts, même si l'on tend parfois l'oreille vers l'autre groupe. Les femmes sont voilées en présence des hommes et cachent leur visage en rabattant le voile sur la bouche, le tenant parfois avec les dents pour libérer leurs mains.

Nous partons passer la nuit chez Hossein (le prof d'anglais). Celui-ci nous invite à prendre un n-ième thé en compagnie de sa mère et de sa femme. Celles-ci se montrent très amicales avec Saki. Hossein est un personnage très particulier. Trop bon, trop gentil, trop pieux mais très agréable. Fervent et sincère, il devient fatiguant en égrainant dans son discours mille références à l'Islam et ponctuant ses raisonnements par des théorèmes scientifiques de tel ou tel centre d'étude coranique ou d'un père de l'Islam. Sa femme parait nettement moins épanouie que celle de ses amis. Ils ont un petit garçon de deux ans, à qui il a l'intention d'apprendre par coeur l'intégralité du Coran, prenant pour exemple le phénomène de huit ans qui a été exhibé l'an dernier à Londres et qui pouvait réciter la suite de tout verset qu'on lui proposait. Il me dit à moitié sérieux qu'il souhaite en faire un "soldat de Allah". Un jésuite pourquoi pas, pensais-je, mais ceux qui partir évangéliser l'Amérique Latine ne sont pas un exemple à suivre. Jusqu'où vont ses aspirations missionnaires? Un si gentil personnage ne trouverait sa place dans le Djihad (la Guerre sainte) que sous l'emprise d'une propagande qui utiliserait à peine plus sa crédulité et sa volonté de faire bien.

La fin de soirée est néanmoins agréable et nous nous endormons gavés de nouvelles images.

Mercredi 6 Octobre

Je réveille Saki vers 8 heure. La mère de Hossein nous sert le petit déjeuner à tous les trois: thé, lait, pain arabe, fromage, compote. Rapide toilette dans une salle de bain typique: douche à même le sol et toilettes turques au fond du jardin.

Hossein me présente fièrement le jardin, m'expliquant ses récents travaux. Il est en fait le chef de famille, malgré ses 25 ans. Il me présente son grand-père de 96 ans, aveugle et un peu sourd. C'est un beau et digne vieillard, qui me tend chaleureusement la main. En attendant le coup de fil convenu avec les autres amis de la bande, Hossein me montre son cahier de comptabilité, dans lequel il note avec application ses revenus, mettant de coté 1/6ème qu'il donnera volontairement à l'Imam pour les pauvres. En retour, il reçoit un papier: Est-ce une forme moderne et musulmane des lettres de doléances ou un simple reçu fiscal?

Vers 11 heure, nous partons enfin à la conférence donnée par un Imam de la préfecture voisine, sur la façon de vivre au quotidien conformément aux préceptes du Coran (et de la Révolution). Dans une vaste salle de cinéma, la séance organisée par Ali regroupe quelques notables et plus de 300 personnes, plutôt jeunes, à gauche les hommes, à droite les femmes. Notre arrivée fait sensation et Saki suscitera le chahut d'une bonne partie des étudiantes, sa nationalité et son prénom passant de lèvre en lèvre comme une traînée de poudre. L'orateur imperturbable parle calmement en farsi, langue que je trouve très harmonieuse et chantante. Parfois la foule scande une phrase glorifiant Allah, puis l'Imam poursuit. A la fin de la conférence, la séance de photos officielles tourne à notre très net avantage au point que les notables partent dans l'indifférence générale. Saki signe un nombre incalculable d'autographes. Seule une distribution de pâtisseries nous libère de cette notoriété soudaine.

De retour chez Hossein, nous lui disons au revoir, car il doit donner un cours (il nous a quand même demandé la permission) et partons déjeuner chez Ali. De nombreux amis passeront dans l'après-midi et c'est jour de fête en notre honneur. Les femmes mangent à la cuisine où elles se sentent plus à l'aise (elle y ôtent le voile). Elles inviteront Saki à les rejoindre après le repas. Il parait qu'elles ont beaucoup discuté, ri, etc... Pour ma part, je commence à ressentir une certaine fatigue ou lassitude et je dois refuser avec beaucoup d'insistance l'invitation trop pressante à tous aller passer la nuit et la soirée dans un petit village voisin où habitent les parents et les cousins de Ali. Celui-ci me montrera trop fortement sa tristesse à mon goût et je resterai inflexible sur la nécessité (imaginaire) de partir pour Téhéran. Les échanges d'adresses sont interminables. J'ai l'impression d'avoir distribué celle-ci cent mille fois. Au moins si les parents ont de la visite, je saurai pourquoi ! ! !

Nous quittons finalement vers 16 heure, alors que je pensais parcourir 350Km. Ali nous accompagne jusqu'à la route pour Ardabil. Sur la droite, un peu dans la brume, nous apercevons les cimes enneigées de deux montagnes qui doivent culminer à 3000 ou 4000 mètres.

Au coucher du soleil et après seulement 85Km, nous atteignons Ardabil, préfecture de cette région frontalière avec l'Azerbaïdjan. Nous logeons dans un hôtel 2 étoiles qui me laisse l'impression de nous avoir fait payer le prix fort, malgré la ristourne que j'ai négociée. Petite ballade dans la ville, jus de pomme grany frais dans un salon de glace, coup de téléphone aux parents et dodo.

Jeudi 7 Octobre

Après le petit déjeuner, visite du mausolée de Sheikh Safi, superbe ensemble au milieu de la ville, qui abrite un petit musée qui vaut le détour: pierres tombales finement gravées, porcelaines chinoises, objets de l'époque Safavide.

La route qui nous conduit à la Mer Caspienne traverse un massif montagneux à quelques kilomètres de l'Azerbaïdjan. De très nombreux barrages de police et des douanes s'intéressent principalement aux photos de nos passeports. Si nous avons traversé un pays aride et des montagnes pierreuses, jusqu'à maintenant, la descente vers Astara est extrêmement verdoyante. Comme chaque jour, nous coupons la lassitude de la conduite de pause-tchaï.

A une station service, nous provoquons une véritable émeute de collégiennes qui sortaient de l'école et qui compare Saki à Oshine, l'héroïne d'une série télévisée japonaise diffusée en Iran. Nous longeons ensuite la Mer Caspienne qui est en fait un lac légèrement salé et dont le niveau monte de quinze centimètres par an. Le sommeil de Saki, qui tient le rôle de navigateur, nous fera louper la principale attraction de la journée: le coucher de soleil sur une route de digue longue de quelques dizaines de kilomètres.

Nous passons la nuit dans un petit village de montagne à 1000 mètres d'altitude, juste en retrait de quelques kilomètres de la cote. C'est un lieu touristique où de nombreux citadins iraniens viennent passer quelques jours. Ayant déjeuné tard, nous ne dînons que de quatre tchaïs chacun et goûtons la bière sans alcool de facture locale (infecte) dans un restaurant tenu par un ancien prof pour des profs. La discussion nous emmènera de la philosophie à Omar Khayaam en passant par la situation en Iran, notre opinion sur le pays, la vision qu'on en a en France et en Europe, le sens du mariage, etc... Depuis notre arrivée en Iran, tout le monde nous demande si nous sommes mariés: notre réponse est bien sûr positive.

Les personnes avec qui nous bavardons (une dizaine de professeurs) semblent moins monolithiques que nos amis de Meshkin Shahr. Ils considèrent que la situation est aujourd'hui meilleure que sous le régime du Shah, notamment sur le plan économique, même si la crise se fait aussi sentir ici.

Vendredi 8 Octobre

Depuis ce matin, la voiture a la fâcheuse tendance à caler au ralenti. C'est visiblement un problème de qualité de l'essence du dernier plein et tout rentrera dans l'ordre le soir même. Nous profitons de notre légère avance sur notre planning par rapport à la réservation hôtel à Téhéran, pour aller voir le bord de mer loupé hier. En fait, sur les 900Km de cote de la Mer Caspienne que nous aurons parcourus, seule "une promenade des anglais" présente un caractère estival relatif. Le reste est une succession de bases militaires (l'ex URSS est juste sur l'autre rive) et d'immeubles citadins très quelconques. Le bord de mer est tout simplement ignoré et les joies de la plage peu pratiquées.

Tout en conduisant au long des 300Km de la journée, j'observe le comportement des iraniens au volant. Les voitures sont principalement des Paykan de fabrication locale, des Mercedes des années 60, des Peugeot de toutes les décennies, des Citroën Diane (lorsque des femmes y prennent place, on dirait des soeurs en habit), des pick-up japonais et les très britanniques Land-Rover. L'usage du klaxon permet de rappeler sa présence ou d'indiquer que l'on va forcer le passage. Les appels de phare sont également très utilisés, mais contrairement à la Turquie, pas pour dénoncer la présence des gendarmes. On conduit plutôt à cheval sur deux voies, au milieu des piétons, des charrettes et des véhicules à contresens. La voie de droite est envahie de monde qui fait du stop, attend le bus ou simplement papote. Quelques voitures utilisent également cette voie pour de petits déplacements en sens inverse ou pour s'arrêter. On fait demi-tour au milieu de la chaussée (pas les camions). Comme dans les courses de vaches landaises, les piétons traversent l'arène en courant, tentant d'échapper aux coups de corne des pare-chocs. De nuit, on est soit en plein phares, soit sans phare du tout. En ville, c'est un capharnaüm indescriptible, notamment aux points de chargement des taxis. La règle est de forcer le passage en prévenant par un petit coup de klaxon. Les feux tricolores remplacent avantageusement les guirlandes de Noël, clignotant à la façon des spots de boites de nuit, mais c'est là leur seule justification et leur raison d'être. Dans l'ensemble, je n'ai pas vraiment remarqué d'agressivité comme on en voit à Paris. Sur l'autoroute, les principes sont les mêmes et les vendeurs de bananes vous obligent à vous décaler sous peine de les accrocher et de les transformer en compote. Même si je conduis extrêmement prudemment et pas très vite (à cause des sensibleries de Miss Lada), je participe activement à la fête, avec une joie à peine contenue.

Nous dînons dans un restaurant assez chic, au service très appréciable, puis dodo dans un hôtel simple et presque propre.

Samedi 9 Octobre

La route qui nous mène à Téhéran est magnifique, de vallées en cols. Nous culminerons à 3000 mètres et apercevrons plusieurs sommets enneigés. Il nous faut plus de 5 heures pour parcourir les 200Km et la voiture donne quelques signes de lassitude à notre entrée dans la capitale. C'est d'abord la pédale d'accélérateur qui ne répond plus sur une bretelle totalement déserte près de l'université. Un rapide coup d'oeil sous le capot me permet de comprendre qu'une rondelle a sauté; Je remets le mécanisme en place mais il faudra rapidement le fixer plus proprement. Les embouteillages font chauffer le moteur; celui-ci se met à hoqueter au milieu d'un carrefour à 200m de hôtel. Nous venons de passer les 11.000Km et une révision s'impose.

Hôtel réservé depuis Paris est un luxueux 4 étoiles. A ma surprise, la réservation n'a été faite que pour une personne mais deux coups de fil, un fax et une demi-heure d'attente nous permettent de nous installer confortablement.

En début de soirée, ballade sur les boulevards et cybercafé. Le propriétaire parle français et a vécu 8 ans à Nice. Nous dînons dans un restaurant typique en sous-sol, sorte de cave à l'iranienne où de nombreux couples viennent se restaurer, prendre une glace ou un tchaï, draguer… Un quatuor traditionnel anime une atmosphère où le brouhaha et la fumée des narghilés magnifient le décor persan. La musique présente des intonations, des rythmes, des harmonies qui rappellent furtivement la Mongolie, les Arabes et les Tsiganes.

Dans la rue, les femmes (toujours de noir vêtues) laissent dépasser une frange de cheveux ou des chaussures à la dernière mode.

Dimanche 10 Octobre

Réveil très tard. Je passe la matinée au téléphone avec de nombreuses ambassades. Nous en visiterons quelques unes dans l'après-midi dont celle de France et du Japon. Dans cette dernière, nous assistons aux explications désespérées d'une japonaise d'origine chinoise qui souhaite se marier avec un iranien. Nous faisons connaissance avant de les abandonner pour d'autres ambassades. Quelques heures plus tard, alors que notre taxi se fraye un chemin, à la chauffard, coup de klaxon d'une voiture qui nous dépasse. Ce sont la japonaise et son futur mari iranien qui finalement nous accompagneront à l'ambassade d'Ouzbékistan. Il nous faut plus d'une heure pour la trouver fermée mais entre temps, la discussion va bon train en japonais. Lui a vécu de nombreuses années au Japon (sans visa), a 34 ans et vient d'une famille aisée de Téhéran. Nous allons prendre un café (expresso) ensemble et nous quittons la nuit tombée. De retour à hôtel, un dernier tchaï et narghilé au restaurant persan. Le serveur se fait expliquer quelques mots en japonais et nous offre la collation.

Lundi 11 Octobre

Nouvelle journée administrative et changement hôtel pour sauvegarder notre budget. Pour tout organiser, je m'appuies sur une personne du service d'information de hôtel. Il recherchera toutes les adresses des ambassades, des réparateurs Lada, fera du change (8000 Rials pour 1 dollars contre 6500 à la frontière; Je comprendrai plus tard que le taux du marché noir avoisine les 8600) et m'aidera à préparer une liste en farsi des travaux de révision pour la voiture. Nous parlons en allemand.

La mauvaise nouvelle de la journée est le délai d'obtention du visa de transit turkmène: 1 semaine. Devons nous rester à Téhéran ou partir et revenir dans quelques jours?

Dans l'après-midi, Saki fait une longue sieste pendant que je discute et prend le thé avec un employé du nouvel hôtel. Séance Email puis dîner au restaurant du premier jour. Nous sommes à Téhéran depuis deux jours et nous avons déjà deux invitations à dîner: l'une du couple irano-japonais, l'autre des parents d'une amie iranienne de Paris que ne n'ai pas revue depuis 8 ans.

Mardi 12 Octobre

Nous devrions déjà être loin de Téhéran…

Après le petit déjeuner, j'amène la voiture chez le garagiste pour une révision complète. Nous lui devons bien çà après 11000Km et 10 qualités d'essence en deux mois et demi. L'après-midi, nous passons à l'agence de voyage pour récupérer l'argent que j'ai fait transférer de Paris. Vers 16h, petit hamburger local pour couper la faim qui me tenaille, puis ballade dans les rues de Téhéran. Nous rentrons à hôtel pour passer un coup de fil au Japon et avoir des nouvelles du père de Saki. Celles-ci sont alarmantes et cela me préoccupe toute la soirée.

Nous partons dîner avec Behnam et Sen Chan (le couple irano-japonais) sur les hauteurs de la ville, dans un parc à flanc de montagne, créé il y a plus de 200 ans. C'est un lieu de promenade pour les familles et les jeunes couples romantiques. De nombreux parterres de fleurs, des bosquets, des pièces d'eau, des sculptures… La vue sur Téhéran est magnifique. Nous passons la soirée dans un restaurant turkmène au milieu du parc, sous une sorte de yourte. La discussion (en japonais) est animée et joviale, même si je sens la fièvre et des maux de ventre m'emporter à petit feu. Il est minuit lorsque nous regagnons la voiture afin d'aller nous gaver de glaces au miel et à l'eau de rose.

Mercredi 13 Octobre

La nuit fut difficile et je ne me sens vraiment pas en forme ce matin. Après un petit déjeuner écourté, je lis et je somnole pendant 3 ou 4 heures. En début d'après-midi, nous allons chercher la voiture qui a subi une véritable cure de jouvence. De retour à hôtel, nous discutons de l'éventuel arrêt du voyage afin que Saki rentre au japon voir son père et aider sa mère. Dans cette éventualité, j'expédierais la voiture en France et gagnerais Ulan Bator en avion. Saki m'y rejoindrait en fin d'année et nous rentrerions vraisemblablement à Paris mi-janvier. Nous ne verrions rien des beautés de l'Iran et d'Ouzbékistan, mais deux petits voyages ultérieurs combleraient aisément cette lacune. Je suis également sensible au fait que nous éviterions ainsi les problèmes d'insécurité que je crains un peu pour la suite du périple, tout comme les grandes distances semi-désertiques qu'il nous reste à parcourir par des températures extrêmes. Je l'avoue, ce plan qui se dessine m'arrange un peu.

Avant tout, il me faut prendre contact avec les amis d'Ulan Bator, car je pense qu'ils sont en France pour quelques semaines. Saki doit appeler sa mère pour avoir plus de précisions sur la situation .

Finalement, les nombreux appels au Japon, en Mongolie et en France modifient ce plan si bien agencé et nous poursuivrons le voyage. En fait, je recouvre petit à petit la santé et mon courage avec.

Jeudi 14 Octobre

Visite à l'ambassade de Russie. Le vice-consul qui nous reçoit s'exprime dans un anglais impeccable et comprend bien le français. Il nous explique très gentiment la procédure à suivre: Je dois recontacter Véra à Moscou pour obtenir une invitation visée par le Ministère. Véra me prévient que les conditions de délivrance des visas ont été récemment renforcées en raison des événements en Tchéchénie. Elle promet de m'envoyer un fax dans la journée, dès qu'elle aura plus de précisions.

Dans l'après-midi, nous visitons nos premiers musées à Téhéran, bien que nous soyons arrivés voilà près d'une semaine. Je suis très impressionné par une splendide collection d'objets en verre qui expose la richesse de l'artisanat persan depuis 6000 ans. La présentation de ce petit musée est très moderne, selon une scénographie réellement convaincante.

En début de soirée, nous déambulons dans les rues commerçantes où se pressent promeneurs en famille et filles excitées par des devantures alléchantes. On se croirait rue de Passy un Samedi après-midi.

Vendredi 15 Octobre

Je passe la matinée à envoyer un fax à Véra pour lui confirmer les détails administratifs demandés par le Ministère. En début d'après-midi, Behnam et Sen Chan nous appellent pour nous proposer d'aller au Musée du tapis. Celui-ci me déçoit un peu: la réelle qualité technique des pièces ne me console pas des motifs que je trouve insipides. Nous prenons le thé ensemble; Un couple d'amis de Behnam se joint à nous. Lui, a passé 8 ans au Japon.

Toute la bande nous assiste ensuite pour l'achat d'un bouquet de fleurs pour les parents de Nazanine (amie iranienne de Paris), chez qui nous allons dîner ce soir. Imaginez six personnes commentant, négociant, faisant enlever ou rajouter une fleur, face à un fleuriste quelque peu débordé: amusant!!!

Les parents de Nazanine nous ont préparé un dîner excellent pendant lequel nous discutons beaucoup. Ils s'enquièrent d'abord de nos motivations pour ce voyage, de ce qui nous attire en Mongolie. Nous discutons politique et religion.

Ils nous expliquent que la politique iranienne est très loin d'être indépendante du jeu des grandes puissances et que les russes et surtout les américains tirent beaucoup de ficelles encore aujourd'hui. Les américains auraient été les instigateurs de la révolution afin de briser l'élan iranien qui était en passe de devenir l'unique puissance régionale, au détriment de l'Irak et de la Saudi. Selon cette hypothèse, la révolution serait un coup monté, récupéré ensuite par les mollahs. L'affaiblissement de l'Iran, zone d'influence plutôt européenne, a mis en valeur le pétrole saoudien, "colonie américaine". La guerre Iran-Irak aurait ouvert d'énormes débouchés aux industries d'armement occidentales, permettant de récupérer les dollars perdus avec le choc pétrolier. Ces jours-ci encore, les discussions de bouts de chandelles sur les conditions de la venue du président Khatami en France (repoussée déjà une fois au prétexte du menu du repas officiel) ainsi que certaines tensions avec les industriels allemands seraient le fruit des interférences pilotées par Washington, afin de valoriser les timides relations irano-américaines au détriment des européens. Cette analyse est certainement trop simple mais fournit quelques éclairages sur la complexité des relations internationales autour des puits de pétrole. Il est sûr que les américains conduisent une stratégie dont les contradictions sont complexes. Il me semble que l'on fait peu de cas de la souffrance des populations qui subissent guerres et sanglants coups d'état.

Le repas est arrosé de vin artisanal (= élevé à la maison), non dépourvu de saveurs. C'est parait-il le sport national et les iraniens ont acquis avec le temps un réel savoir faire.

Samedi 16 Octobre

La journée sera brève, rythmée par les préparatifs du départ. Nous avons en effet décidé de quitter Téhéran pour une petite semaine, en attendant l'arrivée des visas en cours. Cela nous oblige à simplifier le trajet prévu et de revenir dans la capitale, mais rester ici plus longtemps serait d'un ennui infini. Nous visiterons Kashan, Ispahan, Shiraz et Persepolis, sacrifiant Kerman et Bam pour lesquels les consulats de France et de Russie émettent des avis de prudence très insistants. Plusieurs occidentaux se sont fait enlever ces derniers mois par les mafias de la drogue afghanes et pakistanaises.

Nous dînons dans notre restaurant favori où les serveurs nous reçoivent maintenant en habitués: c'est la quatrième fois que nous venons.

Dimanche 17 Octobre

Il est plus de 11 heure lorsque nous nous engageons sur l'autoroute en direction de Qom: les embouteillages et nos erreurs de navigation dans Téhéran y sont pour beaucoup.

Le paysage est un mélange de semi-désert et de champs céréaliers. Après Qom, l'autoroute vers Kashan est totalement déserte: il ne ferait pas bon tomber en panne. La voiture fonctionne bien et je pourrais la pousser au delà des 80Km/h; Je préfère cependant l'amadouer par une conduite de père de famille: nous allons parcourir 450Km aujourd'hui, 1800 d'ici une semaine.

La visite de Kashan se limitera à un jardin et un mausolée, tous deux remarquables par le calme et la tranquillité qui y règnent. Le jardin de Fin, surtout, suscite mon admiration pour ses innombrables jeux de perspective construits autour de la verticalité et l'opacité verte des arbres, de l'horizontalité et la clarté bleue de l'eau qui s'écoule par des dizaines de canaux, de l'ocre des murs d'enceinte.

Pour rejoindre Ispahan, nous avons préféré une route sinueuse à l'ennuyeuse autoroute. Nous évoluons sur un plateau légèrement vallonné que borde une chaîne de montagnes atypique. Trois rangées de cimes en dentelle sombre arrêtent le regard et évoquent singulièrement les décors de train électrique.

La nuit tombe; Nous parcourons les 150 derniers kilomètres de la journée, les yeux fatigués, les lunettes sur le nez et le pied sur le frein, prêt à réagir à toute stupidité des conducteurs du dimanche soir. Nous nous perdons copieusement dans Ispahan avant de trouver notre hôtel. J'imaginais un palace au style désuet sur des jardins qui rappelleraient l'orangeraie de la Mamounia (Marrakech); Ce n'est qu'un hôtel tout confort au style à peine iranisant.

Lundi 18 Octobre

La journée est toute entière consacrée à la visite d'Ispahan, ville mythique réputée depuis des siècles pour son art de vivre et les splendeurs monumentales érigées pas ses rois.

Notre première destination est le quartier arménien, sa cathédrale et ses nombreuses églises. Il est peu su en occident que l'Iran théocratique et islamiste accepte sur son sol les cultes chrétiens et même juif ou zoroastrien. Très peu de pays musulmans laissent leurs minorités pratiquer leur religion ancestrale, allant jusqu'à réserver quelques sièges parlementaires aux représentants de ces religions. Bien sûr, la liberté est précisément délimitée et les conversions de musulmans vers la chrétienté ne sauraient être envisagées.

La cathédrale, d'apparence extérieure très similaire aux mosquées voisines (sans les mosaïques), exhibe fièrement la croix chrétienne. L'intérieur est une immense fresque de scènes de la bible absolument magnifiques. Autour de l'édifice, la cour en pierre est ceinte de quatre bâtiments qui abritent salles d'étude, musée… C'est une sorte de medersa chrétienne.

Ispahan est également réputée pour ses ponts au style su particulier, qui enjambent une rivière peu profonde. Contemporains du Pont Neuf, ils sont un lieu de vie que l'Europe a oublié depuis longtemps. On s'y promène à l'ombre des murs qui protégeaient voyageurs et marchandises lors de leur traversée du fleuve. On y fait une sieste ou y prend le thé sous les arches fraîches et à l'abri des chemins de garde de chaque coté de la voie principale. Constructions stratégiques, ils n'en sont pas moins élégants et d'une architecture raffinée.

C'est l'immense place centrale (qui porte bien entendu le nom de "Place Imam Khomeini") et ses bâtiments adjacents qui véhiculent le mieux à travers le monde l'imagerie d'Ispahan, voire des splendeurs de l'architecture persane. Tout à la fois Place de la Concorde par sa taille et Place Vendome pour son caractère, elle rappelle étrangement la cour du Shivnivas Palace à Udaipur (Rajahstan). Au Sud, la mosquée Masjed-é Emam, monumentale et désarmante par sa beauté, mosaïque de dômes, minarets, voûtes brisées, faïences bleues et jaunes. A l'Ouest, une mosquée plus petite, chef d'oeuvre tapissé de mosaïques jaunes. Au Nord, l'entrée du bazar qui s'enfonce sur trois kilomètres. Tout autour de la place, des arcades dissimulent les échoppes de toutes sortes d'artisans.

Au delà du plaisir des yeux, la ville diffuse une atmosphère accueillante et plaisante (surtout en comparaison de Téhéran), façonnée par d'innombrables parcs, des rues propres et ombragées, des boutiques nombreuses mais moins pagayeuses qu'en Turquie, la douceur de ces journées d'automne.

Toute la journée, Saki se sentira maladive et ne pourra profiter pleinement de cette agréable étape. Le soir, dîner rapide au Coffee-Shop de hôtel. Le service y est tellement exaspérant que je me fends d'une petite lettre à la direction!!!

Mardi 19 Octobre

470Km: C'est la distance à parcourir dans la journée, pour rejoindre Shiraz. Toute la matinée, nous roulons dans une contrée désertique, parsemée de quelques oasis, de citadelles abandonnées ou de villages de terre battue. Nous déjeunons dans une sorte de "routier" au menu unique: poulet et riz. Au moment de partir, le patron vient me voir pour me recommander de ne pas aller à Kerman et à Bam (ce que nous savions déjà). Il m'explique qu'il est peintre et nous montre quelques unes de ses toiles tout en précisant qu'il est difficile d'exercer cette activité en Iran. Est-ce à dire qu'il a subi quelques pressions définissant ce qui est politiquement correct? Son exil comme patron et unique employé d'un ennuyeux restaurant dans un village perdu en est-il la conséquence? Y aurait-il en Iran des pratiques similaires à la Révolution Culturelle à l'encontre des artistes trop indépendants? Nous ne le saurons pas, mais il est certain que cet homme poli et éduqué dépareille un peu dans son décor si peu attirant.

Dans l'après-midi, le paysage change brusquement. Au détour d'un col, verdure, champs cultivés et alignements d'arbres bordent la route à perte de vue. Des tentes de nomades peuplent les rives des rivières et les abords des villages. Nous visitons Pasargade, capitale de Cyrus dont il reste quelques traces contemporaines de Homère.

L'arrivée sur Shiraz sera plus aisée que celle d'Ispahan et nous trouvons rapidement notre hôtel. Pour le dîner, je tente un filet mignon, pas mignon du tout. Je suis fatigué de ces 8 heures de conduite, même si la voiture ne pose plus de problème. Nous avons passé la barre des 12.000Km depuis Paris.

Mercredi 20 Octobre

La bonne surprise du réveil est la réception d'un fax de Véra qui nous indique que le visa russe est entre de bonnes mains.

Nous partons visiter la ville, débutant par la citadelle qui fut certainement une splendeur. La cour centrale est occupée par un magnifique jardin de fleurs et d'arbres fruitiers. Malheureusement, les bâtiments sont dans un état de délabrement avancé, les meilleures pièces étant occupées par des bureaux administratifs. Pourtant, quel bel édifice on pourrait en faire!!!

A l'entrée du bazar, nous rencontrons un français qui a pris une année sabbatique pour parcourir le monde. Cela fait plus d'un mois qu'il est en Iran. Il est accompagné d'un jeune iranien qui se déclare notre ami au bout de 5mn de conversation. Après un jus de fruits ensemble, Régis s'éclipse, nous donnant rendez-vous vers 16h dans l'un des jardin de la ville. Le jeune iranien tient à nous accompagner dans le bazar puis au mausolée de l'un des pères de l'Islam. En plus de son foulard, Saki doit porter le tchador pour entrer dans ce très saint lieu. Le portail monumental franchi, nous découvrons un immense parvis, fermé des quatre cotés d'une succession de bâtiments: un institut de théologie, un musée, quelques cellules pour les pèlerins en mal hôtel et le mausolée du saint. Ce dernier fait l'objet d'une adoration fervente, comme en témoigne l'intérieur de glaces et d'argent. Les pèlerins touchent la porte, le cercueil et tous les objets présents, prient, lisent le Coran ou simplement dorment sous la protection des lieux.

En sortant, je fais part à Saki de mon souhait express de se débarrasser du jeune iranien qui me soûle littéralement. Nous prétextons le besoin d'une discussion entre nous pour l'inviter à nous lâcher un peu.

Nous rejoignons à pied le jardin d'Hafez, point de rendez-vous convenu avec Régis. Shiraz est en fait connue pour ses poètes, célébrés par des jardins disséminés dans la ville. La lumière de cette fin d'après-midi apporte une touche chaude aux fleurs, cyprès et escaliers monumentaux qui ornent le mémorial. Nous sommes loin des bruits de la ville; le calme est propice aux infinies discussions autour d'une glace ou d'un tchaï. Nous rencontrons un journaliste canadien qui travaille à Hong Kong: il a l'air très sympathique. Un petit groupe de hollandais nous offre le thé. Le jeune iranien du matin arrive, suivi de Régis.

Nous passons la soirée en compagnie de ce dernier, celui-ci nous faisant partager ses observations et réflexions sur l'Iran. Il a une expérience un peu différente de la notre, qu'il nous explique longuement sur la base de ses rencontres avec des iraniens qui ont la trentaine. Instructif … de s'apercevoir que la très pieuse république cache en son sein les mêmes vices et les mêmes démons que nos "civilisations occidentales et décadentes". La jeunesse qui s'était portée volontaire pendant la guerre contre l'Irak serait désabusée et se sentirait trahie… Ce n'est qu'une opinion parmi d'autres, mais chacune apporte un éclairage imparfait mais nécessaire.

Jeudi 21 Octobre

Les tentatives pour contacter les ambassades du Turkménistan et de Russie sont infructueuses et nous restons dans l'incertitude sur la date de disponibilité des nos visas.

La journée est essentiellement consacrée à la visite des sites de Persepolis, capitale de Darius. Si l'on perçoit la majesté de ce que put être la vieille, je suis loin de penser qu'il s'agit du paroxysme d'un voyage en Iran, comme on l'entend dire si souvent. Des vestiges de grandes cités de pierres, j'en ai vu un certain nombre de par le monde et je trouve les cités mayas, les sites indonésiens, Ephese et Petra plus impressionnants. De plus ces pierres mortes ne traduisent que très mal la vie des gens, leurs craintes, leurs passions, leurs arts ou leurs fois, choses que je recherchent de plus en plus dans mes voyages.

Ce qui a néanmoins attiré mon attention à Persepolis, sont les très nombreuses inscriptions ou textes gravés dans plusieurs langues anciennes, évoquant la multitude de peuples qui se côtoyaient dans les cours de ces grands rois. Se faire entendre par chacun obligeait certainement à un système de traduction et de relais dans chaque communauté qu'il serait intéressant de comparer aux institutions de la Communauté Européenne. De plus, la volonté de pérenniser le verbe par l'écriture, de surcroît dans la pierre et sur les murs des bâtiments les plus officiels témoigne d'une force politique indiscutable. On est bien loin du raz de marée (pour ne pas dire logorhée) de nos journaux, qui relatent en toute contradiction les paroles écervelées de tout prétendu expert ou responsable qui se respecte.

Sur le site, nous rencontrons un groupe de scouts arméniens de Téhéran. Ils sont iraniens et chrétiens. Leur comportement est plus dissipé que leurs homologues musulmans: j'ai d'abord cru (de loin) à des étudiants italiens. Sur le parking, rangé à coté de notre Lada, un Land Rover est immatriculé en Grande Bretagne. J'aurais bien voulu échanger deux mots avec ces aventuriers de touristes et connaître leur destination, mais personne autour. Par contre, une quinzaine de motards et un camion d'assistance, tous immatriculés en Allemagne, me donnent l'occasion d'une tentative de discussion en allemand. En fait, ces gens semblent plus rustres que l'ours et plus fermés qu'une huître. Ils viennent du Pakistan, ne sont vraiment pas bavards et tout juste polis. Sur le bord de la route du retour, à l'occasion d'un achat de cigarettes, deux passants viennent nous offrir des grenades (le fruit).

Nous passons la fin d'après-midi dans les jardins de Shiraz. La discussion s'engage avec trois lycéens puis avec commandos-parachutistes qui m'invitent à fumer le narghilé avec eux. Ils ne parlent pas anglais mais nous arrivons cependant à communiquer. Ils nous offrent des glaces, spécialité de Shiraz, et une famille voisine nous sert du thé. L'ambiance est très sympathique et nous goûtons pleinement l'atmosphère de cette fin de journée.

Vendredi 22 et Samedi 23 Octobre

Retour vers Téhéran pour s'occuper des visas en espérant que ceux-ci sont arrivés. Nous avons longuement hésité avant d'abandonner l'idée de faire un détour par Yazd, mais les 900Km par la route la plus directe nous prendrons déjà deux longues journées de route. Nous passons la nuit d'étape à Ispahan, profitant de l'occasion pour prendre un café (un vrai!!!) à hôtel Abbasi, 5 étoiles de grande renommée, dont les jardins rappellent les grands hôtels orientaux (Mamounia, Al Boustan, …). Hôtel est un ancien caravansérail au milieu du centre historique de la ville. Les dômes éclairés des célèbres mosquées surgissent entre les arbres du jardin. En ce Vendredi soir, il y a foule. Des familles prennent le thé, des groupes de filles au regard insolent papotent ou se chamaillent. Des salles de réception, résonnent les bruits d'un mariage. Le service est exécrable.

Entre Natanz et Kashan, nous prenons le chemin des écoliers et visitons plusieurs petits villages d'une vallée verdoyante, perdue dans les montagnes arides. Ruelles étroites, maisons de terre battue et de torchis, vergers que traverse un ingénieux système d'irrigation. Tout est agencé pour procurer eau et fraîcheur au milieu du désert. Comme partout en Iran, les gens sont très accueillants et désireux d'échanger trois mots.

Parmi ces villages, Abyaneh est un peu particulier, au point qu'il a été placé sous la haute protection de l'UNESCO. Ses nombreuses bâtisses sont modelées dans une terre rouge qui pare le village d'une couleur inhabituelle en Iran. L'architecture des bâtiments y est plus sophistiquée et l'esthétique prend un part non négligeable dans la vie des habitants. Les femmes sont vêtues de couleurs qui contrastent avec la tenue noire des touristes téhéranaises. En effet, de nombreux citadins viennent les week-ends pour un pique-nique en famille ou entre amis.

L'arrivée sur Téhéran est un vrai cauchemar. Cela ressemble quelque peu aux retours de week-ends parisiens, à la façon de conduire près. Je me serais cru en plein Delhi à l'heure de pointe.

La journée fut longue et nous éprouvons la sensation de rentrer à la maison en franchissant le seuil de hôtel. Dans la journée, nous avons franchi la barre des 13.000Km depuis Paris.

Dimanche 24 au Mardi 26 Octobre

Il nous faudra moins de deux heures pour comprendre qu'aucun des visas attendus ne sera prêt avant longtemps. Il ne faut pas songer obtenir le visa de transit turkmène avant le 1er novembre en raison de la fête nationale. Celle-ci monopolise tous les "efforts" de l'administration du pays et tout est bloqué pendant un mois. Enfin c'est ce que nous dit le fonctionnaire du consulat, avec l'amabilité d'un bulldog. Par contraste, les gens du consulat kazakh sont très gentils. Ils parlent correctement anglais et même un peu français.

Nous entamons donc une longue et ennuyeuse attente, meublant notre temps à mettre à jour nos notes de voyage, classant les photos, etc…

Lundi soir, nous dénichons un hôtel très propre pour le même prix que celui où nous logeons, mais il est malheureusement plein. La propreté de notre chambre laisse en effet à désirer bien que Saki s'emploie à convaincre la femme de ménage d'y passer au moins 5mn chaque jour.

Mardi, n'y tenant plus, nous décidons d'aller visiter Kerman, Bam et Yazd en avion. Nous passons à notre agence de voyage habituelle mais les prix me semblent singulièrement élevés. Après vérification et une dizaine de coups de fil directement aux hôtels qui nous intéressent, je finis par construire la même prestation pour moitié prix. L'avion est extrêmement bon marché en Iran: 120Frs pour 1000Km aller simple.

Les deux jeunes femmes qui travaillent à l'agence qui nous vendra finalement les billets d'avion sont très sympas, enjouées et vraiment mignonnes. Je ne peux m'empêcher de me demander ce que ferait Kito, connaissant les risques encourus.

Pendant notre absence, la voiture sera abritée dans le garage d'un ami. C'est néanmoins avec regrets que nous la quittons pour quelques jours.

Le soir, nous allons à un concert de percussions japonaises avec Behnam, Sen Chan et tout un groupe d'amis. Une erreur sur l'horaire nous fait arriver juste pour entendre les dernières notes!!! Qu'à cela ne tienne, nous mangerons des pizzas, substituant les nourritures de l'esprit à celles du ventre.

Le temps s'est franchement rafraîchi. Depuis la Bulgarie, nous avions oublié la pluie. La neige est même annoncée sur les montagnes qui entourent Téhéran. L'hiver approche et notre fuite momentanée dans le Sud désertique ne pourra supprimer la réalité glaciale qui nous attend en Sibérie.

Mercredi 27 Octobre

Le principal événement de la journée est le trajet en avion pour rejoindre Kerman. Celui-ci a plus d'une heure de retard sans qu'aucune explication ne soit donnée, mais c'est parait-il normal. Il y a trois jours, un avion d'Iranair qui revenait de Syrie cumulait 12 heures de retard sur l'horaire prévu… alors nous nous estimons heureux. A hôtel, qui se révèle extrêmement propre, nous avons la surprise de retrouver Régis. Ce sera l'occasion d'échanger des bons plans et de bavarder une fois encore sur la culture et les traditions du pays. Nous dînons au restaurant de hôtel où un repas pantagruélique et savoureux nous est servi avec efficacité et gentillesse. Décidément, cet hôtel est très bien.

Jeudi 28 Octobre

Nous nous réveillons très tard. Le petit déjeuner est excellent bien qu'il soit strictement conforme à celui que nous prenons chaque matin depuis notre arrivée en Iran.

Kerman est une oasis au milieu du désert, active mais non grouillante, grande mais humaine. Le coeur de la ville s'organise autour du vaste bazar où se cachent plusieurs hammams antiques. L'un a été transformé en musée, un autre en chaïkhunée où nous passons un agréable moment. Deux petits vieux jouent d'une sorte de cithare, familles et étudiants prennent le thé, fument le narghilé ou prennent un repas. Nous discutons avec un étudiant en littérature française et sa femme. Il aime particulièrement la poésie et lui-même s'essaye aux vers en langues persane et turque. Il nous adressera quelques lignes en souvenir de cette rencontre.

Toute la journée, nous nous promenons dans les avenues bordées d'arbres et dans quelques ruelles au milieu des habitations. Un jeune garçon vient nous apporter de l'eau fraîche. Il est un peu timide et j'aperçois plus loin sa mère qui lui a suggéré ce geste si amical..

Dans l'après-midi, nous visitons un petit musée d'art contemporain qui témoigne du talent certain des iraniens pour la peinture et les tableaux sous toutes ses formes: notamment, une technique de mosaïques qui utilise la palette de couleurs des pierres de la région pour façonner un portrait ou un paysage. Les titres des oeuvres sont d'une dérision, d'un cynisme ou d'une insolence qui ravissent l'esprit.

Nous prenons notre unique repas de la journée dans le restaurant du musée. Tout le personnel est venu discuter avec nous. Nous les quittons en leur promettant de leur envoyer la photo qui nous rassemble.

Le temps chaud et sec du désert est réconfortant après la pluie froide de Téhéran.

Vendredi 29 Octobre : Excursion à Bam

Pour une fois, nous nous levons tôt (7h30) afin de couvrir les 200Km qui nous séparent de Bam, à la fraîcheur du matin. La taxi privé qui nous accompagne pour la journée en profite pour emmener sa mère. Sa réelle profession est professeur de farsi dans une petite école de Kerman.

La route traverse un désert de pierrailles totalement aride. Kerman comme Bam sont des oasis, mais cette dernière présente un caractère plus typique des villes du désert: palmeraies entourées de murs en boue séchée, maisons à demi-enterrées… La ville ancienne, inhabitée depuis plus d'un siècle est vraiment étonnante. Citadelle moyenâgeuse ayant subi les attaques de nombreux conquérants, c'est une cité dans son intégralité, comprenant un petit palais, une caserne de garnison, des bains publics, des habitations, des mosquées et même une prison. Nous passons deux heures à déambuler dans ces rues inanimées, faites de briques séchées et de torchis. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à Mohan où deux monuments présentent un réel intérêt. Un jardin rappelle furieusement l'ambiance du Petit Trianon, dans un style très différent bien sûr. De nombreux jets d'eau et canaux rafraîchissent arbres centenaires et fleurs éclatantes. L'autre attraction de la ville est un mausolée où repose l'une des grandes figures de l'Islam chiite. J'y remarque surtout de magnifiques tapis (ce qui est relativement rare dans les mosquées), des portes en bois de toute beauté, ciselées et incrustées de bois précieux, le jardin baigné par un bassin. Il est frappant, qu'au milieu du désert, l'eau soit tant mise en valeur, à profusion voire avec débauche. Un petit musée présente les finesses de l'artisanat régional, notamment des étoffes subtilement brodées.

Nous dînerons tôt, car demain, nous nous levons aux aurores pour rejoindre Yazd en bus.

Samedi 30 Octobre

Le bus est spacieux et, contrairement aux pays voisins, les passagers ne sont pas entassés comme des sardines. Le chauffeur conduit prudemment: tous les 100Km, il doit déposer le disque de sa "boite noire" aux barrages de police qui égrainent les 400Km du parcours. Tout le long du trajet, le chauffeur et plusieurs passagers nous offrent thé, sucreries et biscuits.

Nous déposons rapidement nos affaires à hôtel et partons découvrir la ville. Située au milieu du désert, Yazd est l'une des plus vieille cité du monde. C'est aussi le centre historique des zoroastriens (disciples de Zaratoustra). Nous voyons de nombreux mausolées et mosquées musulmanes, des temples zoroastriens, la magnifique façade persane d'un petit bazar. Le grand bazar est un dédale de passages voûtés et de petites cours dissimulées où les artisans s'adonnent à leur spécialité. Nous prenons plaisir à nous perdre dans les ruelles de la vieille ville. Etonnant, le feu éternel d'un temple zoroastrien, entretenu depuis plus de 1500 ans.

Ce sera notre dernière étape touristique en Iran. Il ne nous reste plus qu'à rejoindre Téhéran, collecter les si désespérant visas et reprendre la route vers le Nord-Est.

à suivre ...